23è CONGRÈS DE L’AAEA AU CAMEROUN:

Front commun pour la souveraineté hydrique de l’Afrique

Couverture du ruban par le ministre de l’eau et de l’énergie du Cameroun Gaston Eloundou Essomba, représentant du Chef de l’État, symbolisant l’ouverture du 23è Congrès de l’AAEA à Yaoundé

Le Palais des Congrès de Yaoundé est devenu, du 09 au 13 février 2026, l’épicentre des réflexions stratégiques sur l’avenir des ressources vitales du continent. Placé sous le très haut patronage du Chef de l’État du Cameroun, S.E. Paul Biya, représenté pour l’occasion par le Ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, ce rendez-vous majeur s’est ouvert sous la présidence du Docteur Blaise Moussa, Président en exercice de l’Association Africaine de l’Eau et de l’Assainissement (AAEA). Réunis autour du thème révélateur « Eau et assainissement pour tous : des actions fortes pour l’Afrique », les leaders du secteur, les décideurs politiques et les bailleurs de fonds ont scellé une alliance historique. Entre plaidoyers pour une gouvernance renforcée, impératifs de financements massifs et innovations techniques, cette 23ème édition marque un tournant décisif pour transformer l’accès à l’eau et à la dignité de l’assainissement en une réalité universelle sur l’ensemble du continent.

Par Prince Aristide NGUEUKAM

 

L’ouverture des travaux a été marquée par l’intervention d’Olivier Gosso, Directeur Exécutif de l’AAEA. Avec la précision d’un technocrate, il a rappelé le chemin parcouru depuis 1980.

Le Président de l’AAEA et Dg de Camwater, Dr Blaise Moussa, lors de son allocution d’ouverture

L’évolution d’une force opérationnelle

De l’Union Africaine des Distributeurs d’Eau à l’actuelle AAEA, l’organisation a su muer pour embrasser les défis de son temps, notamment en intégrant pleinement l’assainissement lors du congrès d’Abidjan en 2023.
Pour Olivier Gosso, la crédibilité de l’Afrique repose désormais sur sa capacité à « creuser des canaux » entre la vision politique et l’exécution technique. Fort d’un réseau de plus de 300 membres opérant dans 45 pays, il a souligné que l’association a déjà mobilisé plus de 25 millions de dollars en dix ans. Ce congrès ne doit pas être un diagnostic de plus, mais un laboratoire de solutions africaines où l’innovation et les talents locaux sont mis à l’honneur.

Prise de Parole du Minée Gaston Eloundou Essomba représentant du Chef de l’État,SE Paul Biya

L’Appel de Yaoundé : un pacte de responsabilité

Dans une allocution empreinte d’une vive émotion, le Docteur Blaise Moussa, Président en exercice de l’AAEA et Directeur Général de la CAMWATER, a lancé ce qui restera comme « l’Appel de Yaoundé ». S’exprimant dans la cité aux sept collines, terre d’hospitalité sous le haut patronage du Président Paul Biya, il a exhorté les instances dirigeantes à passer à une vitesse supérieure.
Son plaidoyer est clair : l’AAEA doit devenir le bras opérationnel des instances politiques africaines. Il a interpellé l’Union Africaine pour une reconnaissance institutionnelle accrue, tout en appelant les Chefs d’État à un soutien structurel plus résolu. Citant l’exemple camerounais et les projets phares tels que le PAEPYS (apportant 300 000 m³ d’eau par jour à Yaoundé), le Dr Blaise Moussa a rappelé que l’eau n’est pas une dépense sociale, mais un investissement stratégique garant de stabilité et de croissance.

Remise des distinctions aux membres du gouvernement et autres officiels présents

La passerelle entre politique et action

Le relais a ensuite été pris par le Docteur Cheikh Tidiane Dieye, Ministre sénégalais et Président du Conseil des Ministres Africains de l’Eau (AMCOW). Son intervention a mis en lumière la nécessité d’un cadre cohérent servant de passerelle entre les engagements diplomatiques et la mise en œuvre effective. Face aux chiffres alarmants — 2,2 milliards de personnes privées d’eau potable et 447 millions d’enfants sans eau à l’école — l’inaction n’est plus une option.
Le Dr Dieye a souligné que le point de convergence entre l’AMCOW et l’AAEA est le lieu où les initiatives se transforment en résultats tangibles. En tendant la main aux opérateurs au nom de tous les ministres africains, il a réaffirmé que la solidarité africaine est la réponse la plus forte face au dérèglement climatique et à l’effondrement de la biodiversité.

Présence des diplomates accrédités à Yaoundé

Le défi financier : combler le fossé des milliards

Le réalisme économique s’est invité à la tribune avec l’intervention de Mtchera Johannes Chirwa, représentant de la Banque Africaine de Développement (BAD). Sans détour, il a exposé l’ampleur du défi : le déficit de financement pour les infrastructures de l’eau en Afrique est estimé entre 30 et 66 milliards de dollars par an.
Pour la BAD, la sécurité hydrique est le socle de la transformation socio-économique du continent, s’inscrivant directement dans les « High 5 » de l’institution. Mtchera Johannes Chirwa a tracé une feuille de route en trois axes : la mobilisation massive de fonds résilients au climat, la gestion intégrée des ressources transfrontalières pour garantir la paix, et l’accélération de l’innovation numérique. L’appel à la synergie entre les banques, les politiques et les opérateurs n’a jamais été aussi pressant.

Une vue des membres du gouvernement, les bailleurs de fonds et les officiels de l’AAEA

Diagnostic sans concession du Ministre Camerounais de l’Eau et de l’Énergie

La cérémonie a été couronnée par le discours d’ouverture officielle prononcé par Gaston Eloundou Essomba, Ministre camerounais de l’Eau et de l’Énergie, représentant personnel du Chef de l’État, S.E. Paul Biya. Dans une synthèse magistrale et lucide, il a rappelé que l’accès à l’eau potable est désormais un « marqueur de développement » et un test de solidarité collective.

Vue des participants et autres invités spéciaux

Le Ministre a frappé les esprits en rappelant la dureté de la réalité continentale : « Près de 400 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à une eau potable de qualité et environ 800 millions vivent aujourd’hui sans assainissement adéquat », a-t-il déclaré. Ce constat, bien que sombre, souligne l’urgence de la mission confiée aux congressistes réunis à Yaoundé.
Analysant les causes de ce retard, Gaston Eloundou Essomba a pointé un paradoxe frappant : « Notre continent dispose de ressources hydriques importantes qui restent inégalement réparties, mal exploitées et fortement exposées aux effets des changements climatiques, à la dégradation des écosystèmes et à une forte expansion démographique. »
Pour le représentant du Chef de l’État, la solution réside dans une refonte de la gouvernance et une convergence des volontés.

Visite des stands

En déclarant ouverts les travaux du 23ème Congrès, il a invité les experts, chercheurs et décideurs à transformer Yaoundé en un catalyseur de changement. Pour le gouvernement camerounais, ce congrès est bien plus qu’une rencontre technique ; c’est une opportunité historique de bâtir une Afrique où l’eau devient un facteur d’unité, de progrès et de stabilité durable pour les générations présentes et futures.

Photos de famille