PROJET DE BUDGET 2026
Comment le Cameroun compte gérer sa dette?

Le Projet de Loi de Finances (PLF) 2026, d’un montant sans précédent de 8 816,4 milliards de FCFA (+14 %), révèle la stratégie financière du Cameroun face à une charge de dette historique. La principale urgence est de dégager une autonomie financière suffisante pour soutenir un objectif de croissance de 4,3 %, principalement portée par le secteur non pétrolier.
Le Défi de la Dette et la Pression sur les Finances Publiques
L’ambition budgétaire camerounaise est fortement contrainte par ses engagements passés. Le fardeau se manifeste à deux niveaux. D’abord, la dépense des seuls intérêts de la dette s’élève à 532,5 Mds FCFA, signalant l’impact des taux d’intérêt sur le budget. Ensuite, la stratégie de remboursement du principal de la dette exige 1 870,6 Mds FCFA, une somme qui monopolise une part critique des ressources de l’État. Ce service de la dette contribue directement au creusement du déficit global qui atteint 631,0 Mds FCFA en 2026.
L’Impératif des Recettes Internes
Pour faire face à cette équation financière complexe, la priorité est donnée à la mobilisation des recettes internes, cherchant à réduire la dépendance à l’endettement.
Les recettes internes totales sont projetées à 5 887,0 Mds FCFA (+8,3 %), un effort crucial pour asseoir la crédibilité financière du pays. Cet effort repose principalement sur la performance de la fiscalité et des douanes, qui doivent générer 4 889,5 Mds FCFA. L’augmentation de ces recettes est la condition sine qua non pour alléger la pression sur le déficit et financer le développement.
Plan de Financement Massif et Apurement des Arriérés
Malgré l’effort interne, le besoin total de financement atteint un niveau historique de 3 104,2 Mds FCFA. La stratégie de gestion de la dette prévoit de couvrir ce besoin en agissant sur plusieurs fronts. Une partie de ce financement est dédiée au règlement des engagements domestiques, notamment l’apurement des arriérés intérieurs pour 498,8 Mds FCFA.
Pour le reste, le Cameroun se tourne vers l’emprunt structuré. La stratégie inclut un recours important à l’international avec 1 000 Mds FCFA attendus des emprunts extérieurs et 826,7 Mds FCFA via des prêts projets. Ces financements sont complétés par des financements bancaires à hauteur de 589,7 Mds FCFA et l’émission de titres publics pour 400,0 Mds FCFA.
Investissement et Urgence d’Exécution
L’objectif de cette gestion de la dette est de préserver la capacité d’investissement du pays. Malgré le service de la dette, l’Investissement Public demeure la principale ligne de dépense, s’élevant à 2 026,3 Mds FCFA. Cet engagement est complété par des mesures sociales fortes comme la création du Fonds Spécial de 50 Mds FCFA pour l’autonomisation des femmes et l’emploi des jeunes.
Toutefois, l’efficacité de ces montants dépendra de la qualité de l’exécution. Les précédents rapports de la Chambre des Comptes ont souvent décrié les faibles taux d’exécution des projets d’investissement, le retard dans l’apurement des dépenses et les inefficacités de la gestion publique. En 2026, l’urgence n’est donc pas seulement d’avoir un budget ambitieux, mais surtout de garantir une bonne exécution budgétaire pour que les 4,3 % de croissance et le remboursement de la dette ne reposent pas sur des investissements théoriques. Les innovations du budget, notamment l’application intégrale de la nouvelle nomenclature, devront servir à améliorer concrètement cette performance.
