Le Renouveau a-t-il oublié le Mbéré ?
43 ans d’une fidélité sans poste ministériels

Avec un score de 51,88 % lors de la présidentielle du 12 octobre 2025, soit 19 883 voix offertes à Paul Biya, le département du Mbéré s’est hissé au premier rang de la région de l’Adamaoua. Pourtant, derrière ce plébiscite et un contrôle absolu de l’échiquier local (4 mairies, 3 députés, 2 sénateurs), une ombre persiste : depuis 1982, aucun fils du département n’a été nommé ministre. Entre loyauté record et sentiment d’exclusion, le Mbéré crie son amertume face à quarante-trois ans de « désert ministériel ».Alors que le remaniement ministériel est annoncé, Paul Biya va t’il enfin réparer cette injustice ?
Dans les salons feutrés de Yaoundé comme dans les rues animées de Meiganga, le constat est sur toutes les lèvres. Le Mbéré n’est plus seulement le « bon élève » du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC) dans l’Adamaoua ; il en est devenu le pilier central. Les résultats de la dernière élection présidentielle ont fini de convaincre les plus sceptiques : avec plus de la moitié des suffrages exprimés portés sur le candidat du Renouveau, le département a montré une résilience politique exceptionnelle.
Une hégémonie électorale sans contrepartie
Cette domination ne se limite pas au scrutin présidentiel. Le paysage politique du Mbéré est une mer de couleur rouge et jaune, les couleurs du parti au pouvoir. Le RDPC y règne en maître absolu, contrôlant les quatre mairies du département (Meiganga, Djohong, Ngaoui et Dir). Au Parlement, la voix du Mbéré est portée par une délégation 100 % RDPC, composée de trois députés et de deux sénateurs. Même lors des élections régionales, le parti a réalisé un grand chelem indiscutable.
Pourtant, ce tableau idyllique cache une réalité plus sombre : celle d’un département « orphelin » de l’exécutif. Depuis l’accession de Paul Biya à la magistrature suprême en novembre 1982, le Mbéré n’a jamais goûté aux honneurs d’un portefeuille ministériel. Quarante-trois ans d’attente. Un record de longévité dans l’antichambre du pouvoir qui, aujourd’hui, fait « grincer les dents ».
Le paradoxe de l’équilibre régional
Au Cameroun, la nomination des ministres obéit souvent à une savante alchimie entre compétence et équilibre régional. C’est le mécanisme qui permet à chaque composante de la nation de se sentir représentée au sommet de l’État. Dans ce contexte, l’absence prolongée du Mbéré du gouvernement pose question. Comment expliquer qu’une unité administrative aussi fidèle, stratégique par sa position frontalière avec la République centrafricaine et riche de ses cadres, soit systématiquement tenue à l’écart du conseil des ministres ?
« Nous avons tout donné au Renouveau : nos voix, nos élus, notre stabilité. Mais en retour, nous restons à la porte du gouvernement », soupire une élite locale. Ce sentiment d’injustice est d’autant plus vif que les départements voisins ont, au fil des remaniements, vu leurs fils et filles accéder à des postes prestigieux. Pour le Mbéré, le sentiment d’être le « parent pauvre » de l’Adamaoua n’est plus une simple impression, c’est une conviction étayée par les faits.
L’heure de la réparation?
Alors que le pays entre dans une nouvelle phase politique après le scrutin d’octobre 2025, l’attente est à son paroxysme. Le Président de la République, connu pour sa maîtrise du temps et des équilibres, va-t-il enfin poser un acte de reconnaissance envers ce bastion historique ?
La nomination d’un ministre originaire du Mbéré ne serait pas seulement un acte de gestion administrative, mais un signal politique puissant. Ce serait la fin d’une anomalie historique et la preuve que la loyauté électorale n’est pas un vain mot. Les populations, qui ont massivement renouvelé leur confiance au chef de l’État avec ces 19 883 voix, espèrent que ce nouveau mandat sera celui de la « réparation ».
Le Mbéré a rempli sa part du contrat. Il attend désormais que le Renouveau se souvienne qu’à l’est de l’Adamaoua, un département fidèle attend son heure depuis quarante-trois ans.
