ENTRETIEN EXCLUSIF AVEC FAUSTIN-ARCHANGE TOUADÉRA:
« Si vous m’élisez le 28 décembre, je poursuivrai l’œuvre que nous avons déjà commencée »

Pr Faustin Archange Touadéra

À la veille d’échéances électorales cruciales en République centrafricaine, FORUM LIBRE TV a reçu, le 26 décembre 2025 à Bangui, Faustin-Archange Touadéra, Président de la République et candidat à sa propre succession pour la présidentielle du 28 décembre 2025.
Dans cet échange dirigé par Prince Aristide Ngueukam, le chef de l’État dresse un bilan sans concession de ses deux mandats, revenant sur les défis sécuritaires majeurs et la reconstruction d’un pays qu’il qualifie d’ancien « État failli ». L’entretien explore les piliers de sa vision pour un troisième mandat, notamment la consolidation de la paix, la relance économique ainsi que l’innovation numérique avec la poursuite du projet de tokenisation de la RCA, malgré les obstacles rencontrés.
Entre résilience nationale et appels au soutien populaire, cet entretien offre une analyse approfondie des enjeux de la 7e République et du projet de société proposé par le candidat Touadéra pour l’avenir de la Centrafrique. Lisez plutôt.

Prince Aristide Ngueukam:Mesdames, messieurs, bonjour. Bienvenue sur votre programme préféré sur FORUM LIBRE TV. Mesdames et messieurs, aujourd’hui nous recevons un invité prestige, le président de la République de la RCA, chef de l’État et candidat à sa propre succession. Monsieur le président, bonjour et bienvenue sur FORUM LIBRE TV et au Magazine FORUM LIBRE International.

Président Faustin-ArchangeTouadéra : Je vous remercie de l’opportunité que vous me donnez pour m’adresser au Centrafricains et à l’opinion internationale.

Dans 48 heures, les Centrafricains vont aller aux urnes pour les élections municipales, législatives et surtout la présidentielle. Après deux mandats, vous sollicitez à nouveau la confiance de vos compatriotes. Monsieur le président, qu’est-ce que vous n’avez pas pu accomplir en deux mandats que vous promettez de revoir ou alors de réussir lors du 3e mandat?

Prince Aristide Ngueukam

Je vous remercie pour votre question. Voyez-vous, lorsque j’étais élu en 2015/2016, quel était l’état de notre nation? Tout le monde s’accordait à dire que c’était un état faillite, un état en situation de prénocide et que personne ne nous donnait une chance de nous relever. L’armée, nos forces de défense étaient inexistantes. On avait même dit que 80% du territoire était occupé par les groupes armés. L’économie, n’en parlons pas puisqu’il n’y avait pas la paix. Nos populations quittaient le pays, se réfugiaient dans les États voisins ou partaient à l’extérieur loin et même à l’intérieur ceux qui n’avaient pas la possibilité étaient obligés de se déplacer. On appelait ça les déplacés internes. Il y en avait partout autour de l’aéroport. Il y avait une masse populaire qui était là autour de l’aéroport, dans les mosquées, dans les églises, dans certain nombre de lieux où ils pensaient pouvoir trouver un peu de sécurité.
Ça veut dire que c’était une situation difficile, extrêmement difficile. Mais patiemment, méthodiquement, avec le soutien de la communauté internationale, nous avons pu progressivement rétablir la sécurité et la paix. Et nous avons également travaillé sur vraiment le bien-être de nos populations à travers les secteurs sociaux de base, notamment l’éducation et la santé. Et nous avons essayé de restaurer le tissu économique qui était pratiquement en lambeaux. Voyez-vous autant d’efforts, nous sommes là après deux mandats.

Vous le dites, il y a eu des avancées notables, indéniables en terme de sécurité, en terme de bien-être. L’autorité de l’État est-elle pratiquement sur l’ensemble du territoire? Tout est donc revenu dans l’ordre?

Mais tous ces progrès ont été possibles grâce à la résilience du peuple centrafricain, au soutien de la communauté internationale que je remercie au passage. Mais comme tout pays, je n’ai pas dit ici que tout est rose, que tout est bien. Il y a encore des défis. Qui plus qui sera le mieux placé avec autant d’avancées pour poursuivre l’œuvre déjà accomplie? Voyez-vous, nous avons mis en place un programme, un plan national de développement 2024-2028 que nous avons présenté tout récemment à Casablanca au Maroc avec le soutien du Maroc où plusieurs investisseurs, plusieurs partenaires ont fait des annonces autour de 9 milliards de FCFA. C’est petit pour certain nombre de pays mais c’est énorme pour la République Centrafricaine.
Donc dans ce plan figurent des projets prioritaires pour le développement de la République centrafricaine. Pour ma candidature, avant même la fin de mon mandat, de l’intérieur, dans toutes nos régions, dans les grandes villes, les compatriotes ont marché pour réclamer, pour me demander d’être candidat puisque la constitution de la 7e République m’autorise après le référendum à me présenter et mon parti aussi évidemment est d’accord.

Faustin Archange Touadéra face à Prince Aristide Ngueukam

Donc si je vous comprends bien, c’est un médecin qui a fait le diagnostic d’un malade et se dit j’ai forcément déjà les réponses. Il me faut encore un peu de temps pour la prescription du médicament et pour suivre le malade.

Le mal de la République centrafricaine est connu et nous sommes en train d’adresser des solutions. Ça veut dire que le traitement est déjà en cours et il faut du suivi. Je le pense et je ne suis pas le seul. Beaucoup de mes compatriotes partout où je suis passé et bien ils m’ont dit il n’y a que vous.

Vous faites forcément allusion aux différents appels de soutien et appel à candidature… les communautés, les syndicats, la jeunesse, les femmes musulmanes et bien d’autres personnes qui ont notamment payé même votre caution à cette présidentielle.
Monsieur le président, revenons en 2023 à Yaoundé au Cameroun lors du sommet des chefs d’État de la CEMAC… vous affirmiez vouloir prendre en charge la sécurité de votre pays. Aujourd’hui, on dit plus de 70% du territoire est déclaré sécurisé par votre bilan, la RCA est-elle enfin prête à assurer seule sa défense sans aide extérieure massive?

C’est la première fois, une des rares fois que les communautés cotisent pour remettre au chef de l’État afin de lui faciliter la tâche pour la campagne. Là, j’en suis très ému. Ce sont des gestes qui ne trompent pas. Alors, assurer la sécurité du pays est effectivement la première mission d’un chef d’État. Quand je prenais mes fonctions, il n’y avait aucun groupe de combat centrafricain sur le terrain. Notre armée n’avait pas de moyens parce que notre armurerie et poudrière était complètement pillée. Il a fallu du temps pour reconstruire cette armée, une armée que nous voulons professionnelle, républicaine.
On a travaillé avec le soutien de la communauté internationale : l’Union européenne, les Nations Unies à travers la Minusca, nos alliés russes et rwandais. Nous avons augmenté l’effectif de nos forces de défense, amélioré leur formation. Nous voulions une armée qui soit proche de la population, proche des zones et nous avons mis en place au moins quatre zones de défense et des garnisons. Nous avons encore besoin du soutien de la part de la communauté internationale. La Minusca n’a pas vocation à rester éternellement. Nous nous préparons le jour où nos forces de défense et sécurité prendront le relais.

Monsieur le président, on a vu depuis quelques années un véritable défilé d’investisseurs étrangers à Bangui et pourtant le quotidien de beaucoup de Centrafricains reste encore difficile. Quand est-ce que ces promesses d’investissement vont-elles se transformer en emplois concrets pour la population?

Partout dans le monde les citoyens ont des difficultés. Nous avons traversé des moments difficiles, mais on est en train d’améliorer les conditions de vie des Centrafricains. Nous avons choisi de développer le secteur privé. Nous sommes en train de créer les conditions pour améliorer le climat des affaires. La République centrafricaine a beaucoup de potentialités : 15 millions d’hectares de terres arables pour l’agriculture, un secteur minier porteur, et le secteur bois que nous sommes en train de réformer.

En août dernier à Dubaï… vous avez réaffirmé votre ambition de faire de la RCA la première nation tokenisée d’Afrique. Après les débuts contrastés du Sango Coin, où en est-on réellement aujourd’hui avec la révolution numérique?

Toute œuvre a des défis, mais nous tenons notre vision. Aucun pays ne peut échapper à la cryptomonnaie ou au numérique. Notre projet a été combattu en interne d’abord par la Cour constitutionnelle, mais la représentation nationale a voté courageusement la loi sur les cryptos. Dans la cryptomonnaie, c’est une source de financement. Nous pouvons tokeniser beaucoup de nos projets pour capter des financements extérieurs des petits investisseurs.

Monsieur le président, un ancien chef d’État de la République centrafricaine, son excellence Djotodia, vient d’appeler à voter pour vous le 28 décembre prochain. Est ce un simple appel comme de nombreux autres appels que vous avez déjà reçu ? Votre réaction.

Ce n’est pas un appel comme les autres. Djotodia était le chef d’État de transition. Il a vu les difficultés du pays. C’est un choix important. S’il demande à voter pour moi, je ne peux que le remercier compte tenu de son expérience.

Le président Touadéra apprécie le magazine FORUM LIBRE International

Monsieur le président, votre ultime message aux électeurs.

Mon appel à mes compatriotes, c’est que le 28 décembre notre loi fondamentale nous donne une opportunité historique qu’il faut saisir. C’est le moment de choisir vos dirigeants. C’est la première fois que quatre scrutins se déroulent en un seul jour. Je vous invite donc tous à aller voter massivement le 28 décembre. Si vous m’élisez le 28 décembre, je poursuivrai l’œuvre que nous avons déjà commencée.

Professeur Faustin-Archange Touadéra, président de la République centrafricaine, merci de nous avoir accordé cet entretien.

C’est moi qui vous remercie.

Entretien réalisé par Prince Aristide Ngueukam