FONDS DE RESTAURATION DES SITES :
Le Gabon impose le rapatriement de 270 millions de dollars à la Béac

Dans un geste fort visant à consolider ses réserves de change et à affirmer sa discipline financière, le Gouvernement gabonais a ordonné le rapatriement immédiat et intégral des Fonds de Restauration des Sites (Fonds RES). Cette mesure, qui concerne en premier lieu la compagnie nationale Gabon Oil Company (GOC), marque un tournant dans la gestion des devises issues du secteur extractif.
L’action du gouvernement ne s’inscrit pas dans une démarche isolée, mais s’appuie sur le cadre légal de la zone CEMAC. Le communiqué du ministre gabonais en charge de l’économie, Thierry Minko, invoque explicitement le règlement N°1/CEMAC/UMAC/UM du 23 décembre 2021. Ce texte régit la réglementation des changes pour les entreprises extractives résidentes. En s’appuyant sur les articles 1 à 5 de ce règlement, Libreville harmonise sa politique nationale avec les exigences de l’Union Monétaire de l’Afrique Centrale.
L’injection massive de 270 millions de dollars
Le cœur de cette annonce réside dans le volume de liquidités concerné. La Gabon Oil Company (GOC) et ses filiales ont reçu l’instruction « ferme et définitive » de rapatrier la totalité de leurs Fonds RES.
Au 31 décembre 2025, le montant cumulé de ces fonds s’élève à 270 millions de dollars US. Ce rapatriement vers des comptes en dollars au bénéfice de la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC) vise un objectif macroéconomique précis : le renforcement des réserves de change de la zone monétaire. Dans un contexte de volatilité des marchés, cette injection de devises est une bouffée d’oxygène pour la stabilité du Franc CFA (XAF).
Les Fonds RES : Une garantie écologique et financière
Pour rappel, les Fonds de Restauration des Sites (RES) sont des provisions financières constituées par les sociétés pétrolières et minières tout au long de l’exploitation d’un gisement. Ces fonds sont théoriquement destinés à financer la remise en état des sites (démantèlement des installations, dépollution) une fois l’exploitation terminée.
Jusqu’à présent, une partie de ces fonds pouvait être conservée dans des comptes offshore ou hors de la zone monétaire directe. En exigeant leur rapatriement dans des comptes de la BEAC, le Gabon s’assure que la liquidité profite à l’économie régionale avant d’être utilisée pour destination finale et que l’État garde une visibilité totale sur les capacités réelles des entreprises à assumer leurs obligations environnementales futures.
Un signal envoyé aux investisseurs internationaux
Dans ce contexte, Thierry Minko, le Ministre de l’Économie, des Finances, de la Dette et des Participations, se veut également rassurant pour le climat des affaires. Si la GOC est la première visée par l’injonction, le membre du gouvernement précise que les autres acteurs internationaux du secteur extractif opérant au Gabon sont invités à suivre ce mouvement.
Le rapatriement pour ces acteurs se fera « librement », selon les accords conclus avec la BEAC. L’enjeu est de démontrer que la transparence et la responsabilité macroéconomique ne sont pas incompatibles avec l’attractivité des investissements étrangers.
Vers une souveraineté renforcée
En prenant cette décision le 21 janvier 2026, le Gabon affiche sa volonté de reprendre la main sur les flux financiers de ses ressources naturelles. Entre respect des engagements communautaires et gestion rigoureuse des actifs pétroliers, Libreville se positionne comme un élève discipliné de la CEMAC, tout en renforçant les leviers de sa propre stabilité économique.
