JEAN MBOUENDÉ :
La vérité d’un nationaliste face aux dérives du terrorisme en pays bamiléké

Dans une contribution aussi courageuse que documentée, Clément W. Mbouendeu lève le voile sur une page méconnue et souvent déformée de l’histoire du Cameroun. En s’appuyant sur l’héritage de Jean Mbouendé, figure de proue d’un nationalisme non-violent et structuré, il déconstruit le mythe de certains « héros » pour révéler la réalité d’une infiltration coloniale ayant nourri le terrorisme entre 1956 et 1960. Un récit nécessaire pour distinguer le patriotisme authentique de la barbarie opportuniste. Lisez Clément Mbouendeu.
Il y a quelques jours, le gardien de la mémoire de Jean Mbouendé a fait une sortie sur une chaîne de télévision pour établir une distinction claire entre les nationalistes et les terroristes — ces derniers que l’histoire a trop souvent érigés en héros.
Dans un groupe WhatsApp composé d’historiens, certains ont tenté de faire croire que seuls les universitaires sont habilités à intervenir sur l’histoire. Ils oublient pourtant que des figures comme Jean Mbouendé, bien qu’il n’ait passé que trois jours à l’école allemande au début du siècle dernier, constituent aujourd’hui la clé de voûte des recherches de nombreux historiens pour l’obtention de leurs diplômes. À la suite de ma publication sur Facebook, aucun d’entre eux n’a pu apporter d’argument scientifique pour me contredire, se contentant d’insultes face au courage de cette vérité.
Le 10 février 2026 marquera le 66e anniversaire du jour où un agent de Singap et Momo écrivait à Jean Mbouendé dans l’optique de le localiser pour l’assassiner. Mal lui en avait pris puisque, six mois plus tard, il sollicitait l’appui de ce même Jean Mbouendé pour sa reddition, n’hésitant pas à trahir ses nouveaux maîtres. Il était lui-même un membre fondateur de l’UPC, ayant fait défection pour s’engager ailleurs.

COMMENT COMPRENDRE LA SOURCE DU TERRORISME EN PAYS BAMILÉKÉ ?
Le mouvement nationaliste avait été infiltré. L’UPC fantoche (Union des Paysans du Cameroun), dirigée à Bafang par Yeugong Bonaventure, jouait un rôle de diversion. À côté, d’autres groupes dirigés par Singap Martin (qui contrôlait les subdivisions de Bafang et Dschang) et Momo Paul (qui couvrait Bafoussam, Mbouda et Bangangté) opéraient sous l’égide de l’ALNK. Créée par l’aile dure de l’UPC en 1959, la mission de l’ALNK avait été immédiatement éventée par la France. Leurs états-majors étaient installés respectivement à Fomopéa et à Tonga.
Leur représentant dans la subdivision de Bafang était Ngounou Étienne, ancien homme de main de Jean Mbouendé. Les membres étaient recrutés au sein d’une population naïve qui pensait œuvrer en faveur de la souveraineté nationale. L’administration coloniale leur avait promis le pouvoir au cas où ils parviendraient à éradiquer le mouvement nationaliste.
DES ACTES DE BARBARIE LOIN DU NATIONALISME
Ces groupes sont derrière l’assassinat du chef Banfeko Datchoua Marcel, connu pour son penchant nationaliste. Ils ont enlevé l’une de ses épouses pour servir d’appât ; lorsqu’il est allé la réclamer, ils l’ont abattu. Ils se sont également emparés du chef Banka Tientcheu Michel, un autre nationaliste connu, pour le conduire à Fondatie.
Quand ce dernier apprit le ralliement de Jean Mbouendé le 25 mai 1960, après la proclamation de l’indépendance et de la loi d’amnistie totale, il envoya l’un de ses notables s’assurer de l’authenticité de l’information. Jean Mbouendé lui remit un laisser-passer pour permettre au chef de revenir à la vie normale. Sur le chemin du retour, le notable, manifestant sa joie, exhibait le document en chantant. Le groupe de Singap s’en rendit compte, l’assassina entre les villages Bandja et Fondjomakwet, et conduisit le chef Banka à Dschang. Ce n’est que plus tard qu’il fut libéré par l’armée camerounaise.
Le Chef Banka n’eut assurément la vie sauve que parce qu’il s’était replié en brousse sans épouse. S’il en avait pris une avec lui, les membres de ces groupes l’auraient assassiné pour s’emparer d’elle, comme c’était leur coutume. En 1959, ils ont d’ailleurs enlevé l’une des épouses de Jean Mbouendé Moukam, dont on est sans nouvelles jusqu’à ce jour.

LA STRATÉGIE DE L’INFILTRATION ET DE LA TRADITION
L’ancien camarade de Jean Mbouendé, Ngounou Étienne, a fini par rejoindre le groupe de Singap Martin. Ils l’ont utilisé pour infiltrer le refuge de Jean Mbouendé à Kambo afin de l’assassiner, sa tête étant mise à prix par l’administration coloniale. La stratégie consistait en une lettre d’invitation à l’état-major datée du 10 février 1960, portée par Fodjeu Simon.
Heureusement, ils se sont heurtés à la finesse de Nitcheu Bernard, agent de liaison de Mbouendé, qui a prétendu transmettre la lettre dans une « vraie fausse résidence » à Kumba. Ce même Ngounou Étienne, se sentant pris au piège après le ralliement de Mbouendé en juin 1960, finit par solliciter l’aide de son ancien compagnon pour sa propre reddition. Jean Mbouendé, par prudence et magnanimité, organisa son sauvetage et le présenta aux nouvelles autorités.
TERNIR L’IMAGE DES NATIONALISTES
Pour discréditer les nationalistes, ces groupes fantoches répandaient la rumeur selon laquelle, une fois l’indépendance acquise, les églises deviendraient des salles de danse. Ils ont assassiné le catéchiste Nitcheu Raphaël, puis le père Gilles Heberlet et le frère Sarron en 1959, avant d’enlever Monseigneur Siyam Georges et l’abbé Fondjo Thomas.
Ils ont terrorisé les populations, violé des femmes, volé, et incendié écoles et hôpitaux, s’attaquant même aux bébés et aux femmes enceintes. On ne saurait prétendre défendre une population tout en décidant de la terroriser. Ces actes se faisaient sous l’œil complice du pouvoir colonial qui s’arrangeait pour intervenir a posteriori, afin de jeter l’opprobre sur le mouvement nationaliste.

Moralité :
Pour étudier Jean Mbouendé, il faut comprendre qu’il était riche et qu’il a mis sa fortune au service de la justice sociale. Il était non-violent et savait distinguer les nationalistes sincères (même violents comme Ernest Ouandié) des opportunistes devenus instruments du pouvoir colonial.
Clément W. Mbouendeu, Gardien de la Mémoire du Patriarche et Nationaliste Jean Mbouendé
