SPÉCIAL DOSSIER DE LA JEUNESSE
CAMEROUN :
L’heure de la relève a-t-elle enfin sonné ?
Dans son message du 10 février 2026, le Chef de l’État a lâché des mots que la jeunesse camerounaise n’osait plus attendre : le renouvellement des visages au sommet de l’État. Entre promesse d’un nouveau gouvernement, rajeunissement des structures publiques et encouragement pressant des jeunes à briguer des postes électifs lors des prochaines échéances, Paul Biya semble enfin acter l’urgence de passer le témoin.

Par Prince Aristide NGUEUKAM
C’est un aveu qui ne dit pas son nom, mais qui sonne comme un tournant. En annonçant que la formation du prochain gouvernement est « très attendue » et en évoquant le renouvellement des dirigeants des sociétés d’État, Paul Biya s’attaque de front à l’une des critiques les plus acerbes de son long règne : l’obstruction de l’ascenseur social par une classe politique jugée à bout de souffle.
Une administration « hors d’âge »
Pendant que les jeunes diplômés rongent leur frein, le spectacle de l’administration camerounaise offre un contraste saisissant. Aujourd’hui, le constat est implacable : les dix gouverneurs de région et une majorité de préfets ont largement dépassé l’âge légal de départ à la retraite. Dans les ministères et les directions générales, les décrets de prolongation d’activité se sont multipliés ces dernières années, comme si le pays était frappé d’une incapacité à produire une relève compétente.
Certains hauts commis de l’État affichent cinq, voire dix ans de « bonus » au-delà de la limite légale. Ce verrouillage se cristallise de manière flagrante au sein des sociétés d’État. Dans ces bastions de la vieille garde, de nombreux Directeurs Généraux et Présidents de Conseil d’Administration (PCA) demeurent en poste alors que leurs mandats, strictement encadrés par les textes en vigueur, sont expirés depuis des années. Cette gérontocratie, si elle a pu rassurer par sa stabilité, est aujourd’hui pointée du doigt pour son manque d’impact réel sur le quotidien des Camerounais.
Les chantiers du renouvellement
Le Chef de l’État a toutefois esquissé plusieurs leviers pour tenter d’inverser cette tendance. La formation du prochain gouvernement devrait ainsi servir de premier test avec l’injection promise d’un sang neuf capable de répondre à une soif de changement qui dépasse désormais les simples slogans de campagne. Ce balayage managérial est également attendu à la tête des structures publiques pour permettre à des jeunes, hommes et femmes, d’accéder enfin à des responsabilités élevées.
Par ailleurs, le domaine électif n’est pas en reste. Malgré un « léger réajustement » du calendrier des législatives et municipales justifié par des contraintes impérieuses, le Président exhorte la jeunesse à se tenir prête pour la conquête des mairies et des sièges à l’Assemblée Nationale. Pour la jeunesse, le mot « progressivement » utilisé par le Chef de l’État reste cependant celui qui inquiète. Après des décennies de promesses, l’heure n’est plus à la transition lente mais à la rupture avec un système de privilèges qui semble ignorer l’horloge biologique.
En 2026, le « réveil » présidentiel sera jugé sur une seule preuve : la publication des prochains décrets. Les jeunes camerounais, dont beaucoup n’ont connu qu’un seul visage au sommet de l’État, attendent de voir si la relève cessera enfin d’être un mirage pour devenir une réalité de gouvernance.
