ÉDITORIAL

60e FÊTE DE LA JEUNESSE :

LE  DERNIER CONTRAT DE CONFIANCE DE BIYA…

Au lendemain de son message à la jeunesse, le Président Paul Biya laisse le pays face à une équation complexe. D’un côté, un catalogue de solutions ambitieuses et un ton résolument offensif ; de l’autre, le poids d’un pouvoir de 44 ans qui peine à incarner le renouveau. Alors que le septennat entame sa course, une question brûle toutes les lèvres : peut-on encore bâtir l’avenir avec les recettes du passé ?

Prince Aristide NGUEUKAM, Directeur de Publication du Journal FORUM LIBRE

Par Prince Aristide NGUEUKAM

Le discours de cette année n’était pas un simple exercice de rhétorique. Fraîchement réélu en octobre 2025 pour un septième mandat, Paul Biya a tenu à rappeler que sa victoire, il la doit à cette « Génération Android » qui a massivement adhéré à son projet de société. En reconnaissant cette dette électorale, le Chef de l’État s’est imposé une obligation de résultats qui ne souffre plus d’aucun report.

Le paradoxe du temps long et le mystère du Gouvernement

Pourtant, le scepticisme reste le sentiment le mieux partagé. Comment croire à une « lutte acharnée » contre la corruption ou à un « balayage managérial » des sociétés d’État quand les mêmes visages occupent les mêmes fauteuils depuis des décennies, souvent au mépris des lois sur la retraite ? À 44 ans de pouvoir, l’usure n’est pas seulement biologique, elle est systémique.
Plus surprenant encore pour les observateurs : le Président semble avoir rompu avec son habituelle culture du secret. Lui qui a toujours gouverné par le silence et l’effet de surprise s’est retrouvé à devoir justifier, ce 10 février, l’attente du nouveau gouvernement qu’il avait lui-même annoncé le 31 décembre 2025. Cette rupture avec ses habitudes — passer du mutisme à la reddition de comptes — interroge. Est-ce une réelle volonté de transparence ou une stratégie subtile pour rassurer une jeunesse qui commence à douter de la concrétisation des promesses de campagne ? Pour un dirigeant d’ordinaire insaisissable, ce besoin de « s’expliquer » sur le calendrier gouvernemental sonne comme un aveu de la pression populaire qui pèse désormais sur ses épaules.

Un crédit de confiance à durée limitée

Le Président demande à la jeunesse de persévérer, de rejeter les dérives morales et de s’impliquer dans la cité. Mais la réciprocité est de mise : la jeunesse camerounaise ne se contentera plus de « perspectives ». Elle veut voir les décrets de nomination de jeunes cadres, elle veut toucher-sans corruption et autres rétro commissions-les fonds promis pour l’entrepreneuriat de 50 milliards, et elle exige que les prédateurs sexuels et les retraités « prolongés » cèdent enfin la place.
Si Paul Biya a réussi l’exploit de se faire réélire en 2025 en promettant un Cameroun « stable et prospère », il joue aujourd’hui son ultime va-tout. Continuer à compter sur lui est un pari risqué que des millions de jeunes ont choisi de faire dans l’urne. Il lui appartient désormais de prouver que ce septennat n’est pas celui de trop, mais celui qui aura enfin permis à la relève de ne plus « ronger son frein » mais de prendre les commandes.
En 2026, la parole présidentielle est au pied du mur. Entre l’espoir suscité par les annonces et le doute né d’une longévité record, seule l’action concrète servira de juge de paix. La jeunesse observe, et cette fois, elle n’attendra pas , certainement, 44 ans de plus.