RAPATRIEMENT DES DEVISES:
La BEAC vise 70 % d’ici 2028

Face à la nécessité de consolider les réserves de change de la zone, le Gouverneur de la BEAC, Yvon Sana Bangui, a acté un durcissement majeur de la réglementation de change. Actuellement fixé à 35 %, le taux de rapatriement obligatoire des recettes d’exportation pour les secteurs minier et pétrolier grimpera à 50 % en 2027, pour atteindre 70 % en 2028. Un calendrier ambitieux qui met les opérateurs extractifs sous pression.
Par Prince Aristide NGUEUKAM
C’est un tournant décisif pour l’économie de la zone CEMAC. Par une instruction publiée ce 23 avril 2026, la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC) s’attaque au cœur financier de la région : les revenus tirés du sous-sol. En exigeant que 70 % des recettes d’exportation soient rapatriées dans les banques locales d’ici moins de deux ans, l’institution monétaire affiche sa détermination à sécuriser la valeur du Franc CFA et à accroître les liquidités régionales.
Un calendrier de rigueur pour les géants du secteur
Jusqu’ici, les compagnies minières et pétrolières bénéficiaient d’une certaine souplesse avec un taux de rapatriement maintenu à 35 %. Ce seuil est désormais jugé insuffisant pour répondre aux chocs extérieurs. La nouvelle feuille de route se veut sans équivoque : une première marche à 50 % dès le 1er janvier 2027, suivie d’un saut à 70 % au 1er janvier 2028.
Cette progressivité n’est pas qu’une affaire de chiffres ; elle impose aux multinationales une restructuration profonde de leur gestion de trésorerie. L’objectif est de forcer ces capitaux, souvent logés dans des comptes offshores, à irriguer le système bancaire communautaire.
Préserver les réserves et la stabilité
Pour Yvon Sana Bangui, ce serrage de vis est une mesure de protection macroéconomique. Le renforcement des réserves de change est le bouclier nécessaire pour garantir la convertibilité de la monnaie et assurer le paiement des importations. En captant une part plus large des pétrodollars et des revenus miniers, la BEAC réduit la vulnérabilité de la zone face à la volatilité des cours mondiaux.
Toutefois, la Banque Centrale se veut pragmatique. Elle précise que les sommes destinées aux fonds de réhabilitation des sites en fin d’exploitation restent exclues de cette obligation. Une nuance de taille qui permet de ne pas entraver les engagements environnementaux des entreprises, tout en maintenant un cap réglementaire strict sur le reste des flux.
Les défis d’un nouveau paradigme
Si cette décision est saluée comme un acte de souveraineté monétaire, son succès dépendra de la capacité des Directions Nationales de la BEAC à faire respecter l’instruction. Le secteur extractif, traditionnellement habitué à des régimes d’exception, devra désormais composer avec une surveillance accrue.
Pour les banques locales, l’arrivée massive de ces devises est une opportunité de financement pour l’économie réelle. Mais pour les investisseurs, ce changement de paradigme pourrait soulever des questions sur l’attractivité fiscale de la zone. Le défi de la BEAC sera donc de maintenir cet équilibre fragile : muscler sa monnaie sans décourager les capitaux étrangers dont la CEMAC reste dépendante.
