STADE NGANDJUI GASTON :

Comment Jean Bouendé a transformé un litige frontalier en un temple de football

Une vue du Stade Ngandjui Gaston, lors du match, en nocturne, opposant Unisport du Haut-Nkam contre As Fortuna le dimanche 2 mai 2026

À l’heure où le stade municipal de Bafang rayonne de nouveau sous les projecteurs de la modernité, il est essentiel de se replonger dans les racines de ce monument du Haut-Nkam. Dans cette tribune, Clément W. Mbouendeu nous invite à redécouvrir l’histoire du Stade Ngandjui Gaston : un récit où la ferveur sportive rencontre la grande Histoire du Cameroun, portée par la vision pacificatrice et avant-gardiste de Jean Mbouendé.

Stade Ngandjui Gaston :une histoire de cohabitation et de compréhension politique

Le stade Ngandjui Gaston est le fruit de visions à la fois contradictoires et apaisantes, reposant sur la grandeur d’esprit d’un homme : Jean Mbouendé, premier maire élu de la commune de plein exercice de Bafang en 1961.
Certaines dates méritent d’être gravées dans l’histoire, et celle du 20 avril 2022 en fait partie. Ce jour-là, le stade municipal Ngandjui Gaston, rénové à l’occasion de la CAN organisée au Cameroun, accueillait son premier match en nocturne. L’Unisport du Haut-Nkam y affrontait le Ngaoundéré FC, s’imposant par 4 buts à 0. Plus récemment, le 2 mai 2026, le « Flambeau de l’Ouest » a réitéré l’exploit en battant AS Fortuna 8 buts à 0 lors de la 17e journée de MTN Elite One, dans un stade comble et en liesse.
Ce succès honore tous ceux qui ont cru en cette équipe et œuvré pour la réhabilitation de cet antre municipal. Il met surtout en exergue la vision d’un homme d’exception : Jean Mbouendé.

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L’origine d’une passion et le prix du nationalisme

L’aventure sportive commence en 1952, lorsque Jean Mbouendé crée le Tortue Football Club de Bafang. D’autres formations suivront, telles que Jupiter FC et Génie FC, dont la fusion ultérieure avec Tortue donnera naissance à l’Unisport de Bafang, devenu aujourd’hui l’Unisport du Haut-Nkam.
Toutefois, le parcours de Jean Mbouendé fut marqué par les flammes de la lutte pour la justice sociale et la souveraineté. En raison de son engagement nationaliste, le Haut-Commissaire du Cameroun avait ordonné sa neutralisation. Le 29 mai 1955, avec le concours de l’armée coloniale, sa concession fut réduite en cendres. Jean Mbouendé n’eut la vie sauve qu’en se réfugiant dans ses exploitations agricoles à Kekem, où il vécut clandestinement pendant cinq ans, trouvant refuge dans le tronc d’un baobab mort.

De la clandestinité à la mairie : le bâtisseur de paix

À la faveur de l’indépendance et de la loi d’amnistie proclamée par le chef de l’État Ahmadou Ahidjo, le nationaliste retrouve une vie normale et s’investit dans la pacification du département du Haut-Nkam.
Lors des élections municipales d’avril 1961, porté par la ferveur populaire, il dépose sa candidature sous la bannière de l’UC (l’UPC étant alors interdite). Sa liste est plébiscitée. Lors de l’élection du maire, il bat le chef Bafang, Ngandjui Gaston , devenant ainsi le premier maire élu de la commune de plein exercice de Bafang.
Dès sa prise de fonction, il engage de grands travaux, dont la construction du stade municipal. Il choisit un site stratégique situé à la frontière litigieuse entre les villages Banka et Bafang. Par une démarche diplomatique, il obtient l’onction des chefs des deux villages et procède à l’indemnisation des populations déguerpies. C’est ainsi que naît le stade municipal, véritable symbole d’apaisement entre les belligérants.

Un acte de grandeur historique

À la mort du chef Bafang Ngandjui Gaston, qui était par ailleurs membre du conseil municipal, Jean Mbouendé fit preuve d’une noblesse d’âme remarquable. Malgré leur rivalité passée, il suggéra au conseil de baptiser le stade au nom du chef défunt. Par la délibération municipale N°5/DM/CPE du 16 octobre 1963 , l’édifice devint officiellement le Stade Municipal Ngandjui Gaston de Bafang.
C’est ainsi que l’histoire continue de s’écrire sous les projecteurs de ce joyau architectural.
Clément W. MBOUENDEU