APRÈS 10 ANS AU POUVOIR :

Voici le Bénin que laisse le président Patrice Talon

Patrice Talon, Président de la République sortant du Benin.

Réforme du système partisan, numérisation à marche forcée, transformation industrielle et rigueur budgétaire : en une décennie, l’ancien homme d’affaires, arrivé au pouvoir en avril 2016, a imposé sa méthode de « Rupture » durant deux quinquennats. Entre modernisation spectaculaire et crispations politiques, radiographie d’un héritage structurel sans précédent, à quelques jours de la passation de pouvoir, programmée le 24 mai 2026 au Palais des congrès de Cotonou, à son successeur élu Romuald Wadagni.

Par Prince Aristide NGUEUKAM

Le passage de témoin s’annonce millimétré. Après dix ans à la tête du pays, Patrice Talon s’apprête à passer la main à son ancien ministre des Finances, Romuald Wadagni, largement vainqueur du scrutin d’avril dernier. En choisissant de respecter la limitation constitutionnelle des mandats, l’ex-homme d’affaires conclut une décennie de gestion verticale et sans concession, menée à la manière d’un patron d’entreprise. Derrière lui, le Bénin de 2026 affiche un visage profondément reconfiguré par des réformes de fond.

La fin de « l’émiettement » politique

La vie politique béninoise, autrefois caractérisée par une profusion de micro-partis, a subi une restructuration radicale dès 2018. En durcissant les exigences administratives et les seuils de représentativité nationale, Patrice Talon a drastiquement réduit le paysage partisan.

Aujourd’hui, la mouvance présidentielle est consolidée autour de grands blocs (UPR, BR, Moele-Bénin), rejoints récemment par la FCBE. Face à cette machine électorale, l’opposition s’est concentrée autour d’un pôle unique, Les Démocrates. Si le pouvoir défend la nécessité d’avoir des partis forts et stables financés par l’État, les opposants et les organisations des droits humains y voient un net rétrécissement du pluralisme démocratique.

La révolution silencieuse du clic

S’il est un domaine où la transformation fait l’unanimité auprès des usagers, c’est celui de l’administration publique. En dix ans, le Bénin a opéré un saut technologique majeur. Porté par un ministère dédié et le déploiement massif de la fibre optique, le portail service-public.bj a révolutionné le quotidien des citoyens.

Plus de 1 000 services publics sont désormais consultables en ligne, et plus de 150 procédures (création d’entreprise, paiement des impôts, formalités douanières, extraits d’état civil) sont entièrement dématérialisées. Rien qu’en 2025, 10,5 millions de documents d’identité ont été délivrés, dont 75 % en ligne. Le climat des affaires s’en trouve transfiguré : le délai de création d’une entreprise est passé à quelques heures seulement.

Le pari industriel : La vitrine de la GDIZ

Sur le plan économique, la signature de la décennie Talon reste la Zone industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ). Si le Bénin a conforté sa place de grand producteur agricole en franchissant régulièrement le cap des 700 000 tonnes de coton, le gouvernement a surtout misé sur la transformation locale.

Cette zone franche textile et agro-industrielle accueille aujourd’hui des dizaines d’unités opérationnelles qui transforment le coton, le soja ou l’anacarde avant exportation. Avec plus de 25 000 emplois directs et indirects créés, la GDIZ incarne la volonté de rompre avec le modèle de l’exportation brute pour capter la valeur ajoutée.

Le Président Patron Talon et le Président Élu Romuald Wadagni lors du dernier conseil ministériel

Rigueur budgétaire et cash-flow

L’assainissement des finances publiques a été le véritable moteur de cette politique de grands travaux. La modernisation numérique des Impôts et de la Douane a permis de sécuriser les recettes de l’État et de limiter l’évasion fiscale.

Cette discipline budgétaire a régulièrement reçu le satisfecit du FMI et de la Banque mondiale. Porté par une croissance supérieure à 6 % sur plusieurs exercices, le Bénin a vu sa crédibilité financière se renforcer, lui permettant de lever avec succès d’importants financements sur les marchés internationaux, notamment à travers des obligations durables.

Le traitement de choc du système de santé

Dernier pilier de ce bilan : la réorganisation sanitaire. Talon y a imposé une séparation stricte, interdisant aux professionnels du public d’exercer simultanément dans le privé afin de stopper le détournement des patients. Parallèlement, le déploiement progressif du programme ARCH (Assurance pour le renforcement du capital humain) a permis de structurer une couverture maladie pour les populations les plus vulnérables.

Un héritage gravé dans le marbre

Patrice Talon laisse un pays indiscutablement modernisé, numérisé et attractif, doté d’un appareil d’État redoutablement efficace. C’est ce modèle de gouvernance rigoureux, technique et orienté vers les résultats que Romuald Wadagni aura la lourde charge de piloter dès sa prestation de serment le 24 mai prochain.