CEMAC :

Le point économique de Sana Bangui au président Sassou-Nguesso

Une vue de l’audience accordée par le Président Dénis Sassou-N’guesso aux dirigeants de la Béac conduit par le gouverneur Yvon Sana Bangui

Reçu le 21 mai 2026 à Brazzaville par le président en exercice de la CEMAC, Denis Sassou-Nguesso, le gouverneur de la BEAC, Yvon Sana Bangui, a tracé le cap monétaire de la sous-région : verrouiller l’inflation, réformer le rapatriement des devises minières et encourager l’offensive des États sur les marchés de capitaux.

Par Prince Aristide NGUEUKAM 

Brazzaville, épicentre de la stratégie monétaire régionale. Le jeudi 21 mai 2026, les salons feutrés de la Résidence du Plateau ont vibré au rythme des grands arbitrages de la zone CEMAC. Le chef de l’État congolais, Denis Sassou-Nguesso, endossant son costume de président en exercice de la communauté, a reçu en audience le patron de la BEAC, Yvon Sana Bangui. Au menu de cette audience de haute importance : un audit sans concession des réformes structurelles menées par l’institut d’émission, avec un mot d’ordre absolu : armer la sous-région face aux tempêtes macroéconomiques globales.

Résilience financière face aux chocs géopolitiques

Au cœur des échanges figurait la nécessité de préserver les grands équilibres économiques de la zone dans un environnement mondial instable. En dépit d’un contexte géopolitique international complexe exposant l’Afrique centrale à des chocs exogènes répétés, le gouverneur s’est montré rassurant quant à la solidité des fondamentaux communautaires.
« C’était l’occasion pour moi de réitérer l’engagement de la Banque Centrale à préserver la stabilité macroéconomique de notre zone, qui continue de faire preuve de résilience », a déclaré Yvon Sana Bangui à l’issue de l’entretien.
Pour faire face à ces vents contraires, la feuille de route de la BEAC reste ferme : poursuivre une politique monétaire rigoureuse visant à contenir les pressions inflationnistes, consolider les réserves de change communes et apporter un appui ciblé au secteur bancaire sous-régional, lui aussi en première ligne face aux turbulences extérieures.

Secteur extractif : le tournant du bilatéralisme

L’autre grand dossier technique de cette audience concernait le rapatriement des fonds de réhabilitation des sites miniers. Après six années de négociations complexes et souvent infructueuses entre la Banque Centrale et les opérateurs du secteur extractif, la BEAC a acté un changement de paradigme majeur, entériné en avril dernier lors des réunions de Washington.
Constatant l’incertitude persistante de ces discussions multilatérales, l’institution a choisi de renvoyer désormais ces négociations au niveau bilatéral. Ce pivot stratégique vise à débloquer les discussions pour rapatrier ces devises essentielles, à l’heure où la rareté des ressources publiques freine cruellement le financement des infrastructures de la sous-région.

Une vue des collaborateurs du président Sassou-N’guesso au cours de l’audience

L’eurobond congolais salué par l’institut d’émission

Face à ce déficit de liquidités, la BEAC encourage activement les États membres à diversifier leurs sources de financement en sollicitant les marchés de capitaux internationaux. À cet égard, le gouverneur a chaleureusement salué l’initiative de la République du Congo, qui vient de boucler avec succès une émission obligataire de 850 millions de dollars sur les marchés internationaux pour refinancer sa dette souveraine.
« C’est une mesure salutaire », a appuyé le gouverneur, précisant que de telles levées de fonds permettent non seulement d’optimiser le profil de la dette et d’alléger la pression budgétaire exacerbée de l’État, mais participent directement au renforcement global des réserves de change de la CEMAC.
En conclusion de cette séance de travail, le patron de la BEAC a tenu à rendre un hommage appuyé au leadership sous-régional de Denis Sassou-Nguesso, saluant son action en faveur de la fluidité des flux d’information et des réformes de gouvernance destinées à accélérer la diversification économique au sein de l’espace communautaire.

 

UNE-DEUX avec Yvon Sana Bangui, Gouverneur de la BEAC

«Nous encourageons vivement les États de la zone à lever des fonds à l’international»

Que faut-il retenir à l’issue de cette audience ?

C’était l’occasion pour moi de réitérer, à l’attention du chef de l’État, l’engagement de la Banque Centrale à préserver la stabilité macroéconomique de notre zone. Celle-ci continue de faire preuve de résilience malgré un contexte géopolitique mondial qui expose notre sous-région à des chocs extérieurs.
À la Banque Centrale, nous poursuivons nos missions afin de contenir les pressions inflationnistes et de consolider nos réserves de change au cours de l’année 2025. Nous travaillerons également à apporter le soutien nécessaire au secteur bancaire, lui aussi exposé à ces chocs exogènes.
Nous avons par ailleurs abordé la question du rapatriement des fonds de réhabilitation des sites miniers. Comme vous le savez, cela fait six ans que la Banque Centrale mène des négociations avec le secteur extractif. Toutefois, compte tenu de l’incertitude quant à l’issue de ces discussions, nous avons réaffirmé, en avril dernier à Washington, la nouvelle orientation de la Banque Centrale : celle de renvoyer désormais ces négociations au niveau bilatéral. C’est un point crucial, d’autant que l’un des défis majeurs de la sous-région demeure la rareté des ressources pour financer l’investissement.

Un mot sur la récente dette contractée par le Congo ?

C’est une mesure salutaire. Nous encourageons vivement les États de la zone à lever des fonds à l’international, car cela permet de renforcer nos réserves de change. Nous saluons à sa juste valeur cette initiative qui permet aujourd’hui d’améliorer le service de la dette, mais surtout d’apporter des liquidités pour soulager la pression budgétaire exacerbée que subit l’État.