ACCOMPAGNEMENT PSYCHOSOCIAL:

La Women Counseling Association (WOCA) dévoile ses outils de guérison et de résilience

La présentation officielle de cette association d’aide et d’accompagnement psychosocial s’est tenue le 4 juillet 2026 à Yaoundé. Fondée en 2022 et portée par un collectif de femmes enseignantes et dynamiques, la Women Counseling Association (WOCA) a dévoilé sa vision, ses projets et ses outils cliniques devant un public venu particulièrement nombreux, bien au-delà des espérances des organisatrices.
Retour sur une soirée riche en émotions, articulée autour de la prise de conscience, de la guérison des traumatismes et du bien-être collectif.

Par Prince Aristide NGUEUKAM

La soirée a débuté par une allocution très attendue de la présidente fondatrice de WOCA, Rosine Nanga, par ailleurs enseignante et chef de département d’allemand au lycée de Soa.

Une vue de la salle des travaux

Une genèse née de l’urgence en milieu scolaire

Devant l’assistance, elle a rappelé les origines de l’association, née d’un constat alarmant partagé par un groupe d’enseignantes : la recrudescence de la violence en milieu scolaire.
« En collaboration avec des partenaires allemands, nous avons conçu à l’origine un projet axé sur l’écoute des enfants. Aujourd’hui, cette initiative s’est étendue à toute la population », a expliqué Rosine Nanga.

WOCA se déploie désormais à travers des ateliers (workshops) axés sur la bienveillance, l’estime de soi, la confiance en soi et la résilience. L’écoute active y est érigée en principe fondamental pour décrypter le vécu de chacun : « Derrière chaque attitude ou comportement, il y a une explication. Nous ne sommes pas là pour juger, mais simplement pour comprendre afin d’aider la personne à retrouver son bien-être », a-t-elle martelé, rappelant que les blocages de l’âge adulte découlent souvent de traumatismes de l’enfance.

Une vue des travaux en ateliers dans le stand Nº1.

Immersion au cœur des stands : Des outils pratiques pour « faire la balance »

Après la présentation de la vision et des projets à long terme de l’association, les participants ont été invités à découvrir différents stands pratiques, animés avec passion par les membres de WOCA. Le public a pu y expérimenter des outils concrets de counseling et de développement personnel.

Cartomancie, conscience et affirmation de soi

L’atelier de cartomancie, animé par Liliane Diffo, enseignante au lycée d’Abondo et responsable de la communication de l’association, s’est appuyé sur des cartes représentant des éléments familiers comme l’étoile, le soleil, le thé, l’arbre ou le pont. Chacun a tiré une carte au hasard dans un jeu de 52 cartes. Les messages inscrits ont trouvé une résonance personnelle immédiate chez les participants. « Nous disposons aussi de cartes adaptées pour les parents et les enfants pour soutenir l’éducation directement à la maison », a précisé Liliane Diffo.
Parallèlement, ​Sous le thème percutant « Ose devenir la meilleure version de toi-même », la praticienne en counseling Francine Guiadem a guidé les participants à travers l’exploration de leurs qualités et de leurs limites. À cette occasion, elle a présenté deux outils phares, à commencer par la Roue de la vie, qui est conçue pour évaluer de manière globale les interactions sociales et équilibrer son quotidien. En complément, les participants ont pu découvrir la Carte d’identité future, un support d’action particulièrement efficace pour définir les « petits pas » et les jalons des projets à venir.

Gestion du stress, résilience et art-thérapie

Co-animé par Marie Solange Medjo, secrétaire générale de WOCA, et sa collègue Yvette Mome, le volet gestion du stress visait à démystifier cette tension. « Le stress est un sentiment normal, une tempête passagère. Le défi réside dans sa gestion, car s’il n’est pas canalisé, il peut impacter notre quotidien de façon très négative », a résumé Marie Solange Medjo. Un test pratique de résilience a ensuite permis à chacun de faire le point sur sa propre situation.
En complément, Mme Aminatou Bobo a émerveillé l’assistance en démontrant la puissance thérapeutique et diagnostique du dessin. En partageant une œuvre intuitive — composée d’un nuage gris, d’une pluie bleue synonyme d’espoir, d’un soleil de joie et d’un cœur rouge d’amour —, elle a expliqué comment l’art permet de libérer la parole. Elle a notamment insisté sur l’importance du dessin chez l’enfant timide ou peu communicatif pour déceler les non-dits, les secrets, mais aussi des traumatismes graves comme le harcèlement scolaire ou sexuel, offrant ainsi aux parents une clé précieuse pour briser le silence.

Un succès populaire et des témoignages vibrants

Initialement calibrée pour une centaine de personnes, la soirée a été victime de son succès, rassemblant bien plus de participants grâce à l’effet du bouche-à-oreille. À l’issue de la phase des ateliers, une session interactive de questions-réponses a permis de libérer la parole.
Anne Marie Ada Mballa, enseignante à l’ENIEG bilingue de Yaoundé et participante pour la première fois, n’a pas caché sa fierté : « Face aux violences, aux décès et aux maladies mentales actuels, le counseling doit impérativement trouver une place centrale au sein de nos foyers et de nos écoles. Si l’on applique ces théories, nous construirons des communications moins violentes et plus apaisées. »
Elle a par ailleurs émis le souhait de voir WOCA étendre ses formations aux femmes d’affaires et aux politiciennes.
Un constat partagé par Michel Ikon Kome, un participant venu spécialement de Douala ce matin-là pour l’événement. Impressionné par le dynamisme de l’équipe, il a formulé une doléance ambitieuse pour l’avenir : « Tout ce que je formulerais comme souhait pour l’avenir, c’est que ces ateliers sortent du cadre d’une simple salle pour investir des espaces plus grands, comme des stades. Cela permettrait à chacun d’apprendre sur soi tout en favorisant de riches interactions avec son voisinage et son milieu professionnel. »

WOCA : Une équipe intergénérationnelle tournée vers l’avenir

Interrogée sur la spécificité non-mixte de l’équipe, Rosine Nanga a tenu à clarifier la politique de l’organisation : si l’équipe de praticiennes est exclusivement féminine — toutes ayant obligatoirement suivi une formation rigoureuse en relation d’aide, counseling ou accompagnement psychosocial —, les bénéficiaires, eux, incluent tout le monde.
« Nous travaillons au quotidien avec des hommes, des femmes, des jeunes et des enfants. Les hommes ne peuvent pas intégrer l’association pour le moment, mais ils peuvent tout à fait solliciter nos services en tant que bénéficiaires. »
L’association ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. En plus de recevoir le public dans son havre de paix situé à Ahala (sur la route de Soa), WOCA se déplace déjà dans les entreprises, les écoles et les orphelinats, à l’instar de sa récente collaboration avec l’ONG Action Pluie pour tous les peuples.
La soirée s’est achevée par une session de networking, laissant les participants transformés par ce que Liliane Diffo a décrit, avec émotion, comme une véritable « soirée miracle ».

RÉACTIONS 

Marie Solange Medjo, secrétaire générale de l’association WOCA:

« Notre objectif était de faire comprendre à nos invités que le stress est un sentiment tout à fait normal.»

Nous avons animé, ma collègue Yvette Mome et moi-même, un atelier intitulé « Gestion du stress et résilience ». Notre objectif était de faire comprendre à nos invités que le stress est un sentiment tout à fait normal. Il traverse nos vies comme une tempête passagère. Cependant, le véritable défi réside dans sa gestion. Si nous ne savons pas comment le canaliser, il peut impacter notre quotidien de façon très négative. C’est pourquoi cet atelier a permis de transmettre des méthodes et des astuces concrètes pour mieux l’apprivoiser et aller de l’avant.
En ce qui concerne la résilience, nous avons proposé aux participants un test pratique. Les résultats ont permis à chacun de faire le point sur sa propre situation. Enfin, nous avons invité tous ceux qui souhaitent cultiver ou faire grandir leur capacité de résilience à se rapprocher des femmes de Woka, afin de bénéficier d’un accompagnement adapté. Voilà, en résumé, le cœur de notre intervention d’aujourd’hui. »

Francine Guiadem, enseignante d’allemand et praticienne en Counseling à WOCA:

« Notre objectif était de faire vivre une expérience particulière aux participants en leur donnant la possibilité d’explorer leurs qualités…»

À l’occasion de cette présentation officielle de WOCA, j’ai animé le stand sur le thème de la conscience et de l’affirmation de soi, intitulé : « Ose devenir la meilleure version de toi-même ».
Notre objectif était de faire vivre une expérience particulière aux participants en leur donnant la possibilité d’explorer leurs qualités, mais aussi leurs limites. Cela visait à les amener à poser des actes en parfait alignement avec leurs valeurs profondes.
L’atelier s’est très bien déroulé. Chacun a pu explorer les outils que nous avons mis à sa disposition, notamment la Roue de la vie. Cet outil permet de « faire la balance », c’est-à-dire de dresser une évaluation globale de nos différentes interactions sociales. Nous avons également utilisé la Carte d’identité future, un outil qui permet de poser les jalons de futurs projets ou de définir les « petits pas » que chacun s’engage à entreprendre dans les jours à venir, après avoir évalué les résultats obtenus lors de cet atelier. »

Michel Ikon Kome, participant:

« Pour l’avenir,que ces ateliers sortent du cadre d’une simple salle pour investir des espaces plus grands »

“ Invité par la présidente, j’ai quitté Douala ce matin-4 Juillet 2024- avec la volonté de découvrir concrètement ses activités autour du counseling. J’ai ainsi découvert l’association WOCA et j’ai immédiatement été frappé par le dynamisme des femmes qui l’animent. En l’espace d’une minute, grâce aux outils qui nous ont été présentés — notamment la Roue de la vie et la Carte d’identité future —, j’ai compris qu’il s’agissait de précieux guides de développement personnel pour s’évaluer et s’améliorer. J’ai particulièrement apprécié la réflexion menée sur la gestion du temps, car nous ne savons pas toujours comment l’employer efficacement.
Tout ce que je formulerais comme souhait pour l’avenir, c’est que ces ateliers sortent du cadre d’une simple salle pour investir des espaces plus grands, comme des stades. Cela permettrait à chacun d’apprendre sur soi tout en favorisant de riches interactions avec son voisinage et son milieu professionnel. Toutes mes félicitations à l’association et à sa présidente.  »

Anne Marie Ada Mballa, Participante et enseignante à l’ENIEG bilingue de Yaoundé:

« Il y aura beaucoup de changements dans nos manières de faire et d’agir »

Vos impressions à l’issue de cette cérémonie ?

C’est la première fois que je participe à un atelier de Woca sur le counseling. Après cette expérience, j’éprouve beaucoup de fierté en voyant que, dans le contexte camerounais actuel, des femmes ont su se mobiliser pour parler de counseling. C’est un thème d’une grande actualité et d’une importance cruciale dans nos écoles de formation et au sein des familles.
Aujourd’hui, nous faisons face à de nombreux cas de violences, de décès et de maladies mentales. Devant tant de défis, le counseling doit impérativement trouver une place centrale au sein de nos foyers, de nos établissements scolaires et de la société en général.

En tant que participante, pensez-vous que cette expérience va changer votre façon d’agir ?

Énormément ! Il y aura beaucoup de changements dans nos manières de faire et d’agir, quel que soit le contexte. Si l’on met en avant les théories apprises lors de ces ateliers, je suis convaincue que nous construirons des communications moins violentes et plus apaisées. Cela va grandement favoriser un climat convivial, empreint de paix et de cohésion, tant dans les familles que dans la société.

Avez-vous une doléance ou un souhait à formuler auprès de WOCA ?

J’espère de tout cœur pouvoir participer aux prochains ateliers et formations. Pourquoi pas, également, aller au-delà du cadre actuel de Woca pour rencontrer et sensibiliser des femmes en dehors du secteur de l’enseignement, dans tous les domaines d’activité. Il faut essayer de toucher la cible au sens large, car la femme — nous le savons tous — c’est la mère, c’est l’éducatrice. Elle joue un rôle pivot dans la cellule familiale. Si nous réussissons à former les femmes au counseling — qu’elles soient enseignantes, femmes d’affaires ou politiciennes — je suis certaine que beaucoup de choses s’amélioreront dans notre pays.

ENTRETIEN AVEC ROSINE NANGA, enseignante–chef de département d’allemand au lycée de Soa, et présidente de la Women Counseling Association (WOCA):

«Tout le monde a besoin d’être écouté, car beaucoup de gens souffrent en silence.»

FORUM LIBRE :Pouvez-vous nous expliquer plus clairement quelles sont les activités de WOCA ?

Rosine Nanga : À l’origine, WOCA est née du constat, fait par un groupe d’enseignantes, qu’il y avait un peu trop de violences à l’école. En collaboration avec des partenaires allemands, nous avons conçu un projet axé sur l’écoute des enfants. Par la suite, cette initiative s’est étendue.
Aujourd’hui, nous organisons des ateliers (workshops) autour de thématiques telles que la résilience, l’estime de soi, la confiance en soi ou encore la bienveillance. Nous mettons en pratique l’écoute active pour comprendre le vécu de chacun. Derrière chaque histoire, il y a une réalité qu’il faut apprendre à écouter.

Vous parliez d’une écoute orientée vers les enfants. Qu’en est-il des adultes ?

Elle s’adresse aussi aux adultes, hommes et femmes confondus. Tout le monde a besoin d’être écouté, car beaucoup de gens souffrent en silence. Derrière chaque attitude ou comportement, il y a une explication. C’est ce que nous essayons de découvrir. Nous ne sommes pas là pour juger, mais simplement pour comprendre ce qui se passe afin d’aider la personne à retrouver son bien-être.

Quel est, selon vous, le résultat attendu d’un tel atelier ?

(Rires) Le but est d’amener les gens à changer et à prendre conscience que des traumatismes du passé peuvent nous rattraper aujourd’hui. Souvent, nos blocages actuels découlent de blessures vécues il y a des années. L’atelier sert à comprendre comment s’en sortir. Notre premier objectif reste la sensibilisation de la population.

Pensez-vous avoir atteint votre objectif lors de cet atelier aujourd’hui ?

Oui, tout à fait. Nous attendions une centaine d’invités, mais nous nous retrouvons avec plus de 100 personnes grâce au bouche-à-oreille. Les participants ont eux-mêmes invité d’autres proches. C’est une réussite, car notre priorité est de sensibiliser et de faire comprendre qu’il existe des professionnels prêts à les écouter et à les aider à décrypter leurs propres comportements.

Ne craignez-vous pas que le fait de limiter ce projet aux femmes ne crée des incompréhensions chez les hommes ?

Bien que nous soyons un regroupement de femmes, nous travaillons au quotidien avec des hommes, des femmes, des jeunes et des enfants.

Les hommes peuvent-ils intégrer votre association ?

Pas pour le moment. Le protocole classique du counseling est ici porté par les femmes. Pour intégrer l’équipe, il faut impérativement avoir été formé à la relation d’aide, au counseling ou à l’accompagnement psychosocial. Nous tenons à bâtir une équipe solide pour mener à bien notre mission. En revanche, les hommes peuvent tout à fait solliciter nos services en tant que bénéficiaires. Toutes les femmes de l’association ont suivi cette formation. Celles qui souhaitent nous rejoindre peuvent nous contacter, et nous étudions les modalités de leur intégration.

Avez-vous un message particulier à adresser à l’opinion publique concernant vos thématiques ?

Je souhaite simplement rappeler que nous souffrons tous d’une manière ou d’une autre. Trop de gens vivent leur détresse en silence et cachent leur vécu, notamment à cause des violences environnantes. Nous voulons passer ce message : derrière chaque histoire se cache une réalité, et il est primordial de savoir l’écouter.
Woca est ouverte à tous. Ce qui fait notre spécificité, c’est que nous considérons chaque individu comme unique. Notre équipe est intergénérationnelle et diversifiée ; nous nous complétons parce que nous nous comprenons et nous nous écoutons. Dans nos ateliers, par exemple, certaines de nos collègues conseillent spécifiquement les participants sur la manière de diversifier et de développer leur clientèle. Nous disposons désormais des outils nécessaires pour écouter et accompagner les personnes vers la résilience et la guérison.
Enfin je voudrais indiquer que notre siège est situé à Ahala, sur la route de Soa. C’est un véritable havre de paix où tout le monde est le bienvenu.

L’association est-elle prête à se déplacer si le besoin se présente ?

Nous le faisons déjà ! Nous intervenons dans les entreprises, les écoles et les orphelinats. Nous avons par exemple collaboré avec l’ONG Action Pluie pour tous les peuples auprès d’enfants orphelins.