GRÈVE ANNONCÉE DES ENSEIGNANTS DU SUPÉRIEUR : Gouvernement et SYNES au bord de l’impasse malgré la pluie de milliards annoncée par le MINESUP

Une vue ministre d’État, ministre de l’enseignement supérieur, Jacques Fame Ndongo présidant la concertation avec les responsables du Synes

Bloquées après plus de quatre heures de discussions intenses ce vendredi 18 septembre 2026, les négociations entre le gouvernement et le Syndicat National des Enseignants du Supérieur n’ont pas permis de lever le mot d’ordre de grève déclenché il y a quelques jours. Au cœur de l’impasse, l’apurement de la dette académique sur lequel le syndicat exige des garanties immédiates à hauteur d’au moins 80 % du reliquat, malgré un impressionnant plan d’injection de plusieurs milliards de FCFA publié le jour même par le Ministre d’État, Jacques Fame Ndongo.

Par Prince Aristide NGUEUKAM

 

L’atmosphère était particulièrement lourde dans les locaux du Ministère de l’Enseignement Supérieur à Yaoundé.

Une concertation marathon suspendue sans compromis

Réunis en urgence pour tenter de désamorcer la fronde syndicale consécutive à l’annonce du mot d’ordre de débrayage du SYNES, les représentants du gouvernement et du corps professoral se sont séparés sans parvenir à une issue favorable.
Au cours de ce huis clos de plus de quatre heures, les délégués du Ministère de l’Enseignement Supérieur et du Ministère des Finances ont tenté de convaincre leurs interlocuteurs de la bonne foi des pouvoirs publics. Toutefois, la délégation syndicale a estimé que les propositions avancées manquaient de fermeté concernant les arriérés accumulés. Les émissaires des enseignants-chercheurs ont ainsi conditionné toute reprise normale des travaux au règlement immédiat d’au moins 80 % du reste à payer de la dette académique. Devant l’incapacité de l’État à s’engager sur-le-champ sur un tel calendrier, la séance a été suspendue pour permettre au bureau syndical d’aller consulter sa base.

L’offensive de communication et le bilan chiffré du Ministère

En réplique à la montée des tensions et pour rassurer la communauté universitaire nationale, le Ministre d’État, Ministre de l’Enseignement Supérieur, le Professeur Jacques Fame Ndongo, a rendu public un communiqué de presse exhaustif dans l’après-midi du même jour. Ce document retrace l’ensemble des mesures de trésorerie prises sous les directives du Chef de l’État Paul Biya et formalisées en concertation avec le Ministère des Finances.
Sur le volet de l’allocation financière spéciale destinée à la modernisation de la recherche universitaire, le chancelier des ordres académiques met en avant un effort financier soutenu. Il rappelle notamment que les paiements du quatrième trimestre de l’exercice 2025, d’un montant total excédant 5,47 milliards de FCFA, ont été intégralement clôturés par virement bancaire à la fin du mois de juillet dernier.
Concernant le premier trimestre de l’année 2026, le reliquat d’environ 1,76 milliard de FCFA a été complètement apuré ce vendredi 18 septembre auprès des établissements bancaires de domiciliation des enseignants, portant ainsi le cumul des transferts à plus de 4,86 milliards de FCFA pour cette tranche. S’agissant du deuxième trimestre 2026, une enveloppe globale de 4,91 milliards de FCFA commence à être virée dès ce jour. Pour la fraction des enseignants percevant leur allocation par billetage, les opérations de guichet débuteront le mercredi 23 septembre à partir de 12 heures au siège de l’Agence Comptable du Compte d’Affectation Spéciale, situé au dixième étage de l’immeuble ministériel n°2 à Yaoundé.
Sur le dossier hautement inflammable de la dette académique cumulée entre 2000 et 2021, d’un volume initial fixé à 16,959 milliards de FCFA, le Ministère indique qu’un montant de 7,294 milliards a été effectivement versé depuis le lancement du plan d’apurement en octobre 2025. Cela représente un taux de liquidation de 43 %. Le solde résiduel de 9,696 milliards de FCFA doit continuer d’être réglé au fur et à mesure des disponibilités de la trésorerie de l’État, une formule jugée trop vague par le syndicat.

Une vue des participants à la concertation du 18 septembre 2026 au ministère de l’enseignement supérieur.

Une rentrée universitaire sous haute tension

Tout en détaillant ces chiffres massifs, le Ministre d’État a lancé un appel à la maturité des enseignants-chercheurs, exprimant son souhait de voir les activités académiques se dérouler dans la sérénité et dans un climat social apaisé.
Néanmoins, le blocage demeure entier sur le terrain. La suspension des négociations laisse planer le spectre d’une paralysie durable des cours et des travaux de recherche dans l’ensemble des universités d’État du Cameroun. La suite du mouvement dépendra désormais de l’assemblée générale du SYNES, qui devra trancher entre la poursuite du mot d’ordre de grève ou le retour à la table des négociations dès qu’une nouvelle date sera arrêtée par les deux parties.Face à ce blocage, les émissaires du SYNES ont suspendu les discussions afin de consulter leur base et obtenir son approbation quant à la suite à donner au mouvement.