BANQUES DE LA CEMAC :
La COBAC fixe le cap d’une finance plus résiliente et sécurisée

Face aux défis climatiques, à la cybercriminalité et à la percée de l’IA, la COBAC renforce la résilience des banques de la CEMAC. Réunis le 25 septembre à Malabo pour leur 15e concertation annuelle sous la présidence d’Yvon Sana Bangui, Gouverneur de la BEAC et Président de la COBAC, régulateurs et dirigeants financiers ont tracé la feuille de route d’une transformation sous-régionale sécurisée.
Par Prince Aristide NGUEUKAM
Réunis le 25 septembre 2026 à Malabo en Guinée Équatoriale pour la 15e édition de leur grande concertation annuelle, les dirigeants de la profession bancaire et financière de la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) ont acté un tournant stratégique majeur. Placé sous la présidence effective d’Yvon Sana Bangui, Gouverneur de la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC) et Président de la Commission Bancaire de l’Afrique Centrale (COBAC), l’événement a été ouvert par Madame Milagrosa Obono Angue, Ministre Délégué auprès du Ministre d’État aux Finances de la République de Guinée Équatoriale. La rencontre s’est déroulée en présence des plus hautes autorités régionales du contrôle prudentiel, notamment du Secrétaire Général de la COBAC, Marcel Ondélé, du Secrétaire Général Adjoint, des Commissaires de la COBAC, ainsi que de l’ensemble des Présidents et Directeurs Généraux des établissements de crédit, de microfinance et de paiement de la sous-région. Dans son allocution liminaire, Yvon Sana Bangui a rappelé le rôle stratégique de cet espace de concertation avant d’évoquer l’avancement du projet de création du Forum Économique et Financier de l’Afrique Centrale.

Finances durables et réglementation ESG
Au premier rang des priorités figure l’intégration des facteurs Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG). Présentant ce volet, Félix Ndzie, Directeur de la Surveillance Permanente des Établissements de Crédit et de Paiement au Secrétariat Général de la COBAC, a détaillé la matérialité des risques financiers découlant des dérèglements écologiques. Il a insisté sur la responsabilité centrale des organes délibérants et des fonctions de contrôle interne face à ces enjeux. Pour structurer cette démarche, Félix Ndzie a passé en revue les réformes réglementaires en cours, au premier rang desquelles figure le projet de Loi bancaire unique. Les débats ont convergé vers la nécessité d’adopter une taxonomie verte adaptée au contexte économique de la CEMAC, appuyée par des données harmonisées et un renforcement des capacités des équipes opérationnelles.
Résilience financière et simulations de crise
La résilience financière des établissements de crédit a fait l’objet de travaux tout aussi soutenus. Justin Bem, Adjoint au Directeur des Études Générales et des Relations Internationales au Secrétariat Général de la COBAC, a dressé le bilan de la mise en œuvre des simulations de crise au sein des banques commerciales de la zone. Soulignant que les stress tests constituent désormais des leviers essentiels de pilotage stratégique et de gestion des risques, Justin Bem a invité les dirigeants des organes sociaux à une implication accrue dans ces processus. Un consensus s’est dégagé sur la création d’un scénario central de référence co-défini par la COBAC et la BEAC pour offrir une meilleure comparabilité prudentielle à l’échelle sous-régionale.

Inclusion financière et sécurité des paiements
S’agissant des mutations du secteur des paiements, William Nlembe, Directeur Général d’Orange Money Cameroun, a mis en lumière la forte progression du paiement mobile et son impact déterminant sur l’inclusion financière. Toutefois, l’intervenant a alerté sur l’augmentation des risques de fraude, de cybercriminalité et de non-conformité en matière de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme. Les échanges ont également abordé le traitement comptable des fonds transitant par les agrégateurs et les difficultés d’accès aux canaux USSD pour les établissements de microfinance.

Gouvernance et régulation de l’Intelligence Artificielle
Enfin, les opportunités et menaces de l’Intelligence Artificielle ont été débattues lors d’une session animée par Déborah Zribi et Christine Saidani de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution, le Dr Gérard Lewourien Eyoum Eyoum du cabinet CYBERIX, et Ghislain Mboumba, Directeur Général d’AFG Bank Gabon. Malgré les gains d’efficacité apportés par l’IA dans le traitement des données et la conformité, les risques d’opacité algorithmique et de sécurité imposent de définir une stratégie régionale garantissant l’hébergement local des données et un cadre réglementaire adapté. Pour clore les travaux, Yvon Sana Bangui a rappelé l’exigence d’une gouvernance renforcée pour assurer la stabilité du système bancaire sous-régional.

