RÉMY NAMA :

La toge, le temple et la Constitution

Portrait du magistrat de 69 ans à qui le président Paul Biya vient de confier les rênes du Conseil constitutionnel.

Par Prince Aristide NGUEUKAM

Dans les couloirs feutrés de la République, son nom résonne comme un gage de rigueur technique, de pondération et de loyauté institutionnelle. Choisi par le chef de l’État pour présider aux destinées du Conseil constitutionnel, Rémy Nama incarne la figure par excellence du haut magistrat rompu aux exigences régaliennes et aux subtilités de l’appareil d’État.

Les racines et le moule de l’excellence

Né le 1er octobre 1957 à Obala, carrefour historique du département de la Lékié, c’est pourtant dans la terre voisine de la Méfou-et-Akono que s’enracinent ses origines familiales. Tôt guidé par la vocation du droit et de l’équité, il franchit le seuil de la prestigieuse École nationale d’administration et de magistrature (ENAM). De ce haut lieu de formation de l’élite administrative camerounaise, il ressort armé d’une éthique chevillée au corps : probité scrupuleuse, respect sacré de la règle de droit et sens aigu de l’intérêt général.

Du prétoire des régions aux arcanes de la Chancellerie

Avant d’accéder aux sommets de la haute administration centrale, Rémy Nama s’est forgé au contact des réalités du terrain judiciaire. Ses débuts de magistrat s’écrivent à l’Est, où il est affecté à Bertoua en qualité de substitut du procureur de la République. Il y découvre les exigences de l’action publique et la conduite rigoureuse de l’accusation.

Sa trajectoire l’entraîne ensuite dans le Grand Nord, à Garoua. Il y troque le rôle du parquetier pour celui, tout aussi délicat, de juge du siège, éprouvant l’impartialité et la solitude de la décision de justice. Fort de ce parcours juridictionnel diversifié, il rejoint la capitale pour servir au sein du ministère de la Justice, où il prend les commandes du service de l’exécution des peines, veillant avec rigueur à l’application effective des sentences rendues par les tribunaux.

Trente-deux ans au cœur du Palais de l’Unité

Reconnu pour sa maîtrise infaillible de la procédure et son sens consommé de la discrétion, ce magistrat hors hiérarchie franchit rapidement les portes du pouvoir exécutif. Appelé au Secrétariat général de la présidence de la République, il s’y installe durablement. D’abord comme attaché, puis élevé aux fonctions stratégiques de chargé de mission, Rémy Nama aura servi pendant 32 ans au Palais de l’Unité, analysant et instruisant les dossiers juridiques les plus sensibles de l’État dans l’ombre du chef de l’État.

Le gardien suprême de la Loi fondamentale

À 69 ans, couronné par plus de quatre décennies d’un parcours sans faille au service de la toge et de la nation, son accession à la tête de la juridiction constitutionnelle apparaît comme l’aboutissement naturel d’une vie dédiée à l’orthodoxie républicaine. Chargé désormais de veiller à la conformité des lois et à la sincérité des scrutins électoraux, l’homme de loi aborde sa mission fort d’une expérience forgée au confluent du droit et de la haute gouvernance d’État.