ARCHITECTURE FINANCIERE AFRICAINE:
« New Deal Historique entre la BAD et la BDEAC

Pour la première fois en un demi-siècle, le sommet de la Banque Africaine de Développement (BAD) a rencontré celui de la Banque de Développement des États de l’Afrique Centrale (BDEAC) sur son propre sol à Brazzaville. Cette visite officielle, tenue le 12 février 2026, du Dr Sidi Ould Tah, Président du Groupe de la BAD, auprès de son homologue Monsieur Dieudonné Evou Mekou, marque l’ouverture d’une ère nouvelle pour l’intégration économique régionale.
Par Prince Aristide NGUEUKAM
L’événement, bien que sobre dans son cérémonial, revêtait une charge symbolique et politique majeure.

Une visite sous le sceau de l’histoire et de la stratégie
Accueilli au perron de l’immeuble siège par Dieudonné Evou Mekou, le Dr Sidi Ould Tah a brisé un cycle de 50 ans sans visite de ce niveau. Ce rapprochement intervient alors que la BDEAC célèbre son cinquantenaire, une maturité qui coïncide avec la nécessité de refonder les mécanismes de financement du continent.
Au-delà de la courtoisie diplomatique, l’enjeu est éminemment technique : l’implémentation de la Nouvelle Architecture Financière Africaine. Ce projet ambitieux vise à harmoniser les interventions des institutions panafricaines pour répondre avec plus d’agilité aux défis structurels du continent, notamment la mobilisation de ressources à grande échelle et la réduction de la dépendance aux marchés extérieurs.
La BAD : Le rôle pivot des banques régionales
Pour le Dr Sidi Ould Tah, l’avenir de la finance africaine repose sur une capillarité renforcée entre l’institution continentale et les bras armés régionaux. Lors de son allocution, il a souligné : « Cette visite s’inscrit dans la nouvelle dynamique de la nouvelle architecture financière africaine, qui entend donner un rôle important aux banques régionales. La BDEAC est appelée à jouer un rôle clé dans cette mise en œuvre pour renforcer les synergies, mobiliser davantage de ressources et délivrer des résultats palpables en faveur des populations. »
Cette vision repose sur une « complémentarité active » où la BAD apporte sa puissance de frappe mondiale tandis que la BDEAC offre son expertise de proximité et sa connaissance fine du tissu économique de la CEMAC (Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale).

La BDEAC : Modernisation et montée en puissance
Du côté de la BDEAC, cette rencontre est perçue comme un adoubement des réformes engagées depuis deux ans. Sous l’impulsion de Dieudonné Evou Mekou, l’institution s’est lancée dans un vaste chantier de transformation digitale et de gouvernance. « Cette visite vient conforter notre modernisation. Nous nous sommes engagés dans des réformes structurelles pour renforcer nos fonds propres et améliorer nos capacités opérationnelles, afin d’aller plus sereinement vers les marchés financiers internationaux », a déclaré le Président de la BDEAC.
Pour Monsieur Evou Mekou, la BAD agit comme une « grande sœur » dont l’appui sera déterminant dans trois domaines critiques : L’assistance technique pour l’alignement aux standards internationaux ; L’octroi de lignes de crédit préférentielles ; L’optimisation des outils de garantie pour rassurer les investisseurs privés.
Un catalyseur pour l’Afrique Centrale
Le dialogue entre les deux institutions s’est élargi au comité de direction de la BDEAC, confirmant une convergence de vues sur la nécessité de financer des projets structurants (infrastructures énergétiques, corridors de transport, agro-industrie). L’objectif est clair : transformer la BDEAC en un levier financier capable d’absorber et de canaliser efficacement les flux de capitaux vers des secteurs à forte valeur ajoutée.
Cette alliance intervient alors que la République du Congo s’apprête à accueillir les assemblées annuelles de la BAD. Ce calendrier n’est pas fortuit ; il place l’Afrique Centrale au cœur de l’agenda financier du continent pour l’année 2026.
En somme , le tête-à-tête de Brazzaville jette les bases d’un écosystème financier africain plus solidaire. En renforçant le rôle de la BDEAC dans la nouvelle architecture financière, la BAD ne fait pas que soutenir une banque régionale ; elle dote la sous-région d’un pilier solide pour soutenir une croissance durable et inclusive, capable de résister aux chocs extérieurs. Les mois à venir devront désormais traduire ces déclarations d’intention en conventions de financement concrètes.
ILS ONT DIT
Dr Sidi Ould Tah, Président de la BAD :
«La Bdeac est appelée à jouer un rôle clé dans la mise en œuvre de cette nouvelle architecture financière Africaine »
« Cette visite s’inscrit dans le cadre des excellentes relations qui existent entre le Groupe de la Banque Africaine de Développement et la BDEAC. Mais elle s’inscrit aussi dans le cadre de la nouvelle dynamique lancée dans le cadre de la nouvelle architecture financière africaine, qui entend donner un rôle important aux banques régionales.
La BDEAC, étant la banque de développement des États d’Afrique Centrale, est appelée à jouer un rôle clé dans la mise en œuvre de cette nouvelle architecture financière africaine. Celle-ci vise à renforcer les synergies entre les différentes institutions africaines, à mobiliser davantage de ressources pour le financement du développement africain et à délivrer des résultats palpables sur le terrain en faveur des populations africaines. »
Dieudonné Evou Mekou , Président de la BDEAC :
« Ensemble, nous allons changer les choses pour le développement de l’Afrique Centrale »
» Cette visite officielle vient vraiment conforter la transformation et la modernisation de la BDEAC. En effet, depuis deux ans, nos deux institutions se sont engagées dans un vaste chantier de réformes structurelles visant à moderniser notre gouvernance, renforcer nos fonds propres, améliorer nos capacités opérationnelles et nous permettre d’aller plus sereinement vers les marchés financiers africains et internationaux. Ensemble, nous allons changer les choses pour le développement de l’Afrique Centrale. La Banque Africaine de Développement est la grande sœur des banques régionales. Les mois qui viendront vont témoigner du travail d’ensemble que nous allons mener pour optimiser les synergies sur les différents outils dont dispose le Groupe de la Banque Africaine de Développement et qui peuvent aider à renforcer l’action de la banque de développement de l’Afrique Centrale, en particulier dans les domaines de la mobilisation des financements et de l’octroi de lignes de crédit, mais également de l’assistance technique. »

