ÉDITORIAL |
CEMAC :
LE TEMPS DES PROMESSES EST RÉVOLU, PLACE À L’INFLEXIBILITÉ
Par Prince Aristide Ngueukam
Le rideau est tombé sur le sommet extraordinaire de Brazzaville et les déclarations finales résonnent encore sous les coupoles de Kintélé comme un ultime avertissement. En clôturant les travaux, le Président Denis Sassou-N’guesso n’a pas seulement usé de diplomatie, il a pointé l’ampleur des défis qui obligent désormais notre sous-région à une « riposte collective » immédiate. Mais derrière le soulagement d’un accord trouvé, une question lancinante demeure : combien de sommets « de la dernière chance » faudra-t-il organiser avant que la discipline ne devienne la règle plutôt que l’exception ?
La fin de l’évasion des richesses extractives
Interpeller nos dirigeants aujourd’hui, c’est d’abord exiger que la souveraineté monétaire ne soit plus un slogan mais une réalité comptable. Comment justifier que, des années après les premières alertes, le rapatriement des recettes d’exportation pétrolières et minières fasse encore l’objet de « négociations » laborieuses plutôt que d’une application stricte de la loi communautaire ?
Il est inadmissible que les fonds destinés à la restauration des sites pétroliers ou les bénéfices tirés de notre sous-sol continuent de stagner dans des banques étrangères pendant que nos économies s’essoufflent. La fermeté affichée à Brazzaville contre l’évasion des devises doit se traduire par des actes de saisie et de rapatriement effectifs. Sans ces capitaux, la BEAC est désarmée et notre monnaie reste à la merci des chocs extérieurs. La rigueur commence par la récupération de ce qui appartient légitimement à la Communauté.
Écouter la BEAC pour anticiper le naufrage
L’un des enseignements majeurs de ce sommet réside dans la nécessité absolue pour les chefs d’État de sortir de la surdité institutionnelle. Trop souvent, les mises en garde techniques de la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC) ont été perçues comme de simples formalités ou, pire, comme des obstacles à des ambitions politiques de court terme. Or, les chiffres ne mentent pas.
Ignorer les alertes du Gouverneur de la BEAC sur le niveau des réserves ou sur l’inflation, c’est conduire la sous-région aveuglément vers une dévaluation ou une crise de liquidités majeure. Les dirigeants doivent désormais traiter les rapports de la banque centrale comme des boussoles stratégiques non négociables. Le politique doit s’incliner devant la rationalité monétaire si nous voulons éviter que le navire CEMAC ne sombre à nouveau dans les eaux troubles de l’ajustement structurel brutal.
Le coût social d’un laxisme budgétaire persistant
La discipline budgétaire, tant réclamée par les partenaires et réaffirmée à Kintélé, ne doit pas être perçue comme une simple équation mathématique mais comme un impératif de justice sociale. Le laxisme des années passées a un prix que les populations les plus vulnérables paient aujourd’hui au prix fort. Lorsque les budgets sont mal gérés ou que la dette devient insoutenable, ce sont les investissements dans l’éducation, la santé et les infrastructures qui sont sacrifiés.
Nos dirigeants doivent comprendre que la transparence est l’unique rempart contre la précarité. Pour éviter de nouvelles crises, la rigueur doit cesser d’être une contrainte imposée par le FMI pour devenir une éthique de gestion nationale. Le sommet de Brazzaville a fixé le cap et l’heure n’est plus à la concertation mais à l’exécution chirurgicale. Messieurs les dirigeants, réformez avec audace ou préparez-vous au naufrage collectif.
