DIPLOMATIE ÉNERGÉTIQUE :
Le Cameroun et la Guinée Équatoriale scellent l’alliance pétrolière « Yoyo-Yolanda »
Le Palais du Peuple de Malabo a été le théâtre, le 3 février 2026, d’un événement qui fera date dans les annales de l’industrie extractive en Afrique centrale. Sous la présidence de S.E. Teodoro Nguema Obiang Mangue, Vice-président de la République de Guinée Équatoriale, les deux nations voisines ont officiellement paraphé l’Accord d’Opération Conjointe pour l’exploitation des gisements pétroliers transfrontaliers Yoyo et Yolanda. Cet acte marque le passage de la diplomatie de voisinage à une véritable intégration industrielle et économique.

Par Prince Aristide NGUEUKAM
C’est l’aboutissement d’un long processus de négociations entamé en 2023 sous l’impulsion des chefs d’État Paul Biya et Teodoro Obiang Nguema Mbasogo. L’accord signé ce 3 janvier n’est pas qu’un simple document technique ; il incarne une volonté de rupture avec les schémas d’exploitation isolés pour embrasser une gestion mutualisée des ressources naturelles. En unissant leurs efforts pour l’exploitation des champs Yoyo (situé dans les eaux camerounaises) et Yolanda (situé côté équatoguinéen), Yaoundé et Malabo posent les jalons d’un pôle énergétique majeur dans le Golfe de Guinée.
Une convergence stratégique entre Yaoundé et Malabo
La délégation camerounaise, conduite par le Ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement Technologique, Fuh Calistus Gentry, a affiché une détermination claire lors de cette cérémonie. La présence remarquée de Nathalie Moudiki, deuxième conseillère à la Direction Générale de la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH), souligne le poids technique de cet accord. Pour le Cameroun, ce projet est une opportunité de dynamiser ses capacités de production offshore tout en s’appuyant sur des infrastructures partagées, réduisant ainsi les coûts opérationnels et maximisant les revenus pour le trésor public.
Du côté de la Guinée Équatoriale, ce partenariat est perçu comme une victoire diplomatique et économique majeure. C’est en effet la première fois que le pays s’engage dans une exploitation conjointe de gisements frontaliers avec une nation sœur. Le Vice-président équatoguinéen, dont l’implication personnelle dans les négociations a été déterminante, a salué cet accord comme une preuve que la coopération Sud-Sud est le chemin le plus efficace pour la gestion souveraine des ressources africaines.

L’expertise internationale au service d’un partenariat local
L’un des piliers de ce succès est l’implication de la major américaine Chevron, partenaire stratégique des deux États dans ce projet de grande envergure. La signature des représentants de Chevron aux côtés de ceux de GEPETROL et de la SNH garantit une expertise technologique de pointe pour l’extraction de ces hydrocarbures en eaux profondes. La présence de l’Ambassadeur des États-Unis à Malabo lors de la cérémonie confirme l’intérêt géostratégique que revêt ce gisement transfrontalier pour le marché international de l’énergie.
Ce cadre de coopération ne se limite pas à l’aspect financier. Il établit une structure technique rigoureuse destinée à générer des milliers d’emplois directs et indirects pour les populations des deux pays. En favorisant le transfert de compétences et en renforçant les capacités des ingénieurs nationaux, l’accord Yoyo-Yolanda ambitionne de créer une véritable industrie de services pétroliers locale. Le Vice-président Nguema Obiang Mangue a d’ailleurs insisté sur le fait que ce projet doit servir de référence pour le renforcement du positionnement de l’Afrique comme hub énergétique mondial.

Vers une nouvelle ère de prospérité partagée
L’impact de cet accord dépasse les frontières des deux pays signataires. Il envoie un signal fort à l’ensemble de la zone CEMAC sur la possibilité de transformer les ressources transfrontalières, souvent sources de litiges, en leviers de développement concerté. Les échanges techniques qui se sont poursuivis en marge de la cérémonie entre le Ministre Fuh Calistus Gentry et Nathalie Moudiki avec leurs homologues équatoguinéens ont permis de sceller les modalités de répartition des bénéfices et les protocoles de sécurité environnementale.
Cette signature intervient seulement deux mois après une mission décisive du Vice-président équatoguinéen à Yaoundé, prouvant que lorsque la volonté politique rencontre l’expertise technique, les résultats sont rapides et probants. Le projet Yoyo-Yolanda devient ainsi le laboratoire d’une intégration sous-régionale réussie, où la solidarité géographique se transforme en puissance économique. En consolidant cette alliance, le Cameroun et la Guinée Équatoriale ne se contentent pas d’extraire du pétrole ; ils construisent un modèle de souveraineté partagée qui fera date en Afrique.

Pourquoi Yoyo-Yolanda change la donne ?
L’unitarisation des gisements (le fait de les exploiter comme une seule unité géographique sans tenir compte de la frontière maritime) permet d’éviter les forages redondants et de partager les coûts de stockage et de transport. Pour le Cameroun et la Guinée Équatoriale, cette méthode optimise la récupération des hydrocarbures et prolonge la durée de vie des champs, garantissant des revenus stables sur le long terme pour les budgets nationaux respectifs.
FOCUS
Le rôle pivot de la SNH dans l’ingénierie du montage technique
La Société Nationale des Hydrocarbures (SNH) du Cameroun, sous l’impulsion de sa Direction Générale, a joué un rôle de premier plan dans l’aboutissement de ce dossier complexe. L’enjeu majeur pour Nathalie Moudiki et les experts de la SNH était de garantir que les intérêts du Cameroun soient préservés dans un modèle d’« unitarisation ». Ce concept technique consiste à exploiter un gisement transfrontalier comme une seule et unique unité, en ignorant la frontière maritime pour optimiser l’extraction.
L’expertise de la SNH a permis de définir une clé de répartition équitable des ressources, basée sur les réserves prouvées de chaque côté de la ligne de démarcation. En collaborant étroitement avec GEPETROL, la SNH a facilité la mise en place d’un cadre opérationnel harmonisé. Cela signifie que les normes de sécurité, les protocoles environnementaux et les procédures de reporting seront identiques pour Yoyo et Yolanda, simplifiant ainsi le travail de l’opérateur Chevron et réduisant les délais de mise en production.
Chevron : le partenaire technologique pour les défis de l’offshore profond
Le choix de la major américaine Chevron comme opérateur n’est pas fortuit. L’exploitation du bloc Yoyo-Yolanda requiert des technologies de pointe pour le forage en eaux profondes et la gestion de réservoirs complexes. Chevron apporte non seulement le capital nécessaire au développement des infrastructures de production, mais aussi une expertise éprouvée dans la gestion de gisements transfrontaliers à travers le monde.
L’implication de Chevron permet également de rassurer les marchés internationaux sur la viabilité et la pérennité du projet. Le groupe pétrolier servira de pont entre les exigences techniques des deux États, assurant une exploitation qui maximise le taux de récupération des hydrocarbures. Ce partenariat tripartite entre Chevron, la SNH et GEPETROL crée une synergie où la puissance financière rencontre la souveraineté nationale, garantissant que les bénéfices technologiques soient partagés avec les ingénieurs locaux des deux pays.
Un catalyseur pour l’emploi et le contenu local
Au-delà de la signature diplomatique, l’accord prévoit des clauses strictes sur le « Local Content » (contenu local). L’objectif affiché par les deux gouvernements est de faire en sorte que l’exploitation de Yoyo-Yolanda profite directement aux entreprises et aux travailleurs du Cameroun et de la Guinée Équatoriale.
Des programmes de formation spécialisée seront lancés pour permettre aux jeunes diplômés d’accéder à des postes techniques de haut niveau. De plus, les entreprises de services locales seront prioritaires pour la fourniture de biens et de services non critiques, créant ainsi une chaîne de valeur dynamique autour du projet. Ce volet social est ce qui transforme cet accord pétrolier en un véritable projet de développement durable pour les deux nations.
PAN
