INTÉGRATION RÉGIONALE :
La CEMAC veut briser ses chaînes financières d’ici 2030
Le Parlement communautaire de la CEMAC réuni, en session ordinaire, le 16 février 2026 en Guinée Équatoriale, a assisté à un exercice de redevabilité crucial. Au nom du Président de la Commission, Baltasar Engonga Edjo’o, le Vice-Président, le Dr Charles Assamba Ongodo, a présenté le Rapport Général sur le fonctionnement de la Communauté. Un diagnostic de 245 pages qui oscille entre optimisme macroéconomique et mise en garde face aux blocages structurels.

Par Prince Aristide NGUEUKAM
Le premier constat dressé par l’exécutif communautaire est celui d’une résilience notable. La zone CEMAC affiche une stabilité monétaire retrouvée avec une inflation maîtrisée à 2,2 %, bien en deçà du seuil critique de 3 %.
Le défi financier : le « talon d’Achille » de l’intégration
Toutefois, ce tableau encourageant reste fragile. Avec une croissance régionale établie à seulement 2,4 % en 2025, le Dr Charles Assamba Ongodo a reconnu que ce rythme demeure trop faible pour impulser les transformations structurelles profondes nécessaires au développement des États membres.
Le point le plus critique du rapport concerne la viabilité de l’institution. Le Vice-Président a pointé du doigt la faiblesse persistante du recouvrement de la Taxe Communautaire d’Intégration (TCI). En 2025, seulement 59,9 % des recettes attendues ont été perçues, laissant un gouffre financier avec des arriérés s’élevant à plus de 263 milliards de FCFA. Ce manque à gagner paralyse directement la mise en œuvre des grands projets intégrateurs et fragilise l’autonomie de la Communauté.
Cap sur 2030 : Une ambition de transformation globale
Face à ces défis, la Commission ne compte pas rester statique et mise désormais sur son nouveau Plan de Transformation ainsi que sur le déploiement de son Plan stratégique 2026-2030 pour redonner du souffle à l’Union. Cette feuille de route repose prioritairement sur la modernisation technologique à travers la digitalisation des procédures douanières, visant à optimiser les recettes et la fluidité des échanges commerciaux.
Parallèlement, l’institution place le renforcement effectif de la libre circulation des personnes au cœur de ses priorités pour consolider la citoyenneté communautaire, tout en exigeant une application rigoureuse des mécanismes de financement afin de garantir son indépendance et sa capacité d’action.

Un appel à la volonté politique
En conclusion, le Dr Charles Assamba Ongodo a lancé un appel pressant aux États membres pour une « plus grande appropriation politique » des textes communautaires. Pour la Commission, la réussite de l’intégration en Afrique Centrale ne dépendra plus seulement des rapports techniques, mais de la volonté collective de transformer ces ambitions en résultats concrets pour le quotidien des populations.
