REGULATION DU SECTEUR PÉTROLIER : NICKEL OIL RETROUVE SES DROITS D’IMPORTATIONS

Après un mois de bras de fer administratif, le marketeur Nickel Oil a obtenu la levée de sa suspension. Cette décision de la Plateforme de validation des manques à gagner (MAG) met en lumière la complexité de la régulation des flux financiers entre l’État camerounais et les importateurs de produits pétroliers.
Par Joseph Goupa
L’atmosphère s’est nettement détendue le 13 avril dernier au siège de la société Nickel Oil. Par une correspondance officielle référencée n°0099/MINFI/Cab/Plateforme MAG, Valéry Martial Zang, Administrateur Civil Principal et Président de la Plateforme MAG, a formellement notifié au Ministre de l’Eau et de l’Énergie (MINEE) la fin des sanctions frappant l’opérateur. Cette mesure autorise à nouveau la société à exercer ses deux activités vitales : l’importation de carburants et l’enlèvement des produits pétroliers auprès de la Société Nationale de Raffinage (SONARA).
Une sanction comme levier de conformité
Pour comprendre le retour en grâce de Nickel Oil, il faut remonter au 12 mars 2026. À cette date, une onde de choc traversait le secteur pétrolier : sept marketeurs, dont Nickel Oil, Neptune Oil, Planet Petroleum ou encore Bocom Petroleum, se voyaient interdire toute opération de réception de navires à Limbé.
Le grief était d’ordre financier et réglementaire. Il était reproché à ces entreprises de ne pas avoir validé leurs dossiers de « plus-values » — ces trop-perçus générés lors des opérations d’importation — et d’avoir failli au reversement intégral des fonds de « soutien à la raffinerie ». En activant ce levier de suspension, l’État a utilisé une arme de régulation massive pour contraindre les opérateurs à régulariser leurs situations comptables vis-à-vis du Trésor public.
Le mécanisme délicat de la péréquation
L’exemple de Nickel Oil met en lumière la spécificité du système camerounais de régulation des prix pétroliers. Dans ce schéma de prix administrés, l’État s’efforce de maintenir une stabilité à la pompe pour le consommateur, déconnectant ainsi les prix locaux de la volatilité du marché international. Le rôle de la Plateforme MAG devient alors crucial pour équilibrer les flux financiers selon deux scénarios opposés.
D’une part, on observe un manque à gagner quand les coûts réels d’importation, englobant l’achat, le fret et les taxes, dépassent le prix de vente fixé sur le territoire national, obligeant l’État à verser une compensation financière à l’opérateur. D’autre part, le mécanisme génère une plus-value, ou trop-perçu, lorsque les cours mondiaux descendent sous le prix de cession local. Dans cette seconde configuration, le bénéfice excédentaire réalisé par le marketeur ne lui est pas acquis et doit être impérativement reversé au Trésor public afin de pérenniser le système de soutien à l’ensemble de la filière.
Un retour à l’équilibre fragile
La levée de la suspension de Nickel Oil fait suite à un travail acharné de son Top management pour fournir les dossiers de validation requis. En se conformant à ces exigences, le marketeur sécurise sa place dans une chaîne logistique nationale sous haute surveillance.
Cependant, cette crise rappelle la fragilité de l’équilibre financier du secteur. Si Nickel Oil a régularisé sa situation, la rigueur affichée par les autorités en mars dernier signale la fin d’une certaine forme de tolérance administrative. Pour les autres marketeurs encore sous le coup de sanctions, le message est clair : la transparence comptable est désormais la condition sine qua non pour maintenir l’accès aux cuves de la SONARA. L’enjeu est de taille : assurer la continuité de l’approvisionnement énergétique du pays tout en protégeant les recettes de l’État dans un contexte mondial volatil.
