AUDIENCE À LA PRÉSIDENCE DU CONGO:

Le gouverneur de la BEAC tire la sonnette d’alarme sur les finances de la sous-région

Le Gouverneur de la Béac, Yvon Sana Bangui, reçu en audience le 9 octobre 2026 par le président Denis Sassou N’guesso à la résidence du plateau à Brazzaville au Congo

Malgré une croissance régionale projetée à 3 %, la zone CEMAC fait face à une conjoncture sous tension. Reçu par le président congolais Denis Sassou-Nguesso, le gouverneur de la BEAC, Yvon Sana Bangui, alerte sur les répercussions des chocs géopolitiques mondiaux et l’érosion des réserves de change. Le patron de l’institution monétaire pointe surtout l’accaparement de près de 75 % des liquidités bancaires par les États, un risque souverain majeur qui asphyxie le secteur privé.

Par Prince Aristide NGUEUKAM

À l’issue de ses échanges à la résidence du Plateau du palais présidentiel avec le chef de l’État congolais et président en exercice de la conférence des chefs d’État de la Cemac, Denis Sassou-Nguesso, le vendredi 9 octobre 2026, le gouverneur de la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC), Yvon Sana Bangui, a dressé un état des lieux sans fard de la conjoncture macroéconomique sous-régionale. Si la zone CEMAC affiche une résilience apparente avec un taux de croissance estimé à 3 %, l’institution d’émission met en garde contre une accumulation de vulnérabilités structurelles et de chocs extérieurs qui menacent directement les équilibres budgétaires des six pays membres.

Une reprise modérée sous pression géopolitique

À la tête de la banque centrale commune depuis 2024, Yvon Sana Bangui tempère l’optimisme suscité par les 3 % de croissance du PIB régional. Pour le régulateur monétaire, cette performance demeure précaire, exposée à des risques exogènes majeurs, au premier rang desquels figurent les vives tensions et incertitudes géopolitiques, notamment au Moyen-Orient.
Ce foyer d’instabilité alimente une forte hausse et une volatilité sur les cours des hydrocarbures et des produits pétroliers finis. Pour les économies de la sous-région — dont les finances publiques et les recettes extérieures restent étroitement corrélées aux hydrocarbures —, ces fluctuations accrues font peser un risque immédiat de dérapage et de déséquilibre sur les trajectoires budgétaires nationales.

La diversification agricole, rempart des réserves de change

Face à ces chocs récurrents, le gouverneur a rappelé devant le chef de l’État l’impératif catégorique d’une transformation structurelle des économies de la zone. La dépendance chronique aux importations, particulièrement pour les denrées alimentaires et les produits agricoles, constitue une ponction permanente sur les réserves de change de l’union monétaire.
Pour stabiliser durablement le compte extérieur et contenir l’exposition aux chocs d’approvisionnement, la BEAC préconise une réduction rapide de cette dépendance commerciale par la relance de la production locale et la diversification sectorielle, seules capables de prévenir les déficits à court comme à long terme.

Liquidité bancaire : le risque souverain asphyxie le secteur privé

L’avertissement le plus vigoureux formulé par l’autorité monétaire concerne l’intermédiation financière et le financement de l’économie réelle. Yvon Sana Bangui a pointé un déséquilibre structurel majeur : jusqu’à 75 % de la liquidité globale du système bancaire est aujourd’hui mobilisée pour couvrir les besoins de trésorerie et d’emprunt des États.
Cette surreprésentation des titres publics dans les bilans bancaires génère un effet d’éviction direct aux dépens des entreprises privées. Faute de ressources disponibles au sein des banques commerciales, les porteurs de projets et le tissu productif privé peinent à accéder aux financements et crédits d’investissement indispensables à la création d’emplois et à la croissance.

Titres publics : modérer l’instrument pour préserver la stabilité

Si le marché des titres publics de la BEAC demeure une solution technique efficace pour pallier les tensions de trésorerie étatiques, la banque centrale appelle désormais à la retenue. L’institution insiste sur le fait qu’une surexposition à ce mécanisme crée un instrument à multiples revers, accentuant le risque souverain et la vulnérabilité globale du système financier sous-régional.
Tout en réaffirmant sa mission de service public et son engagement à accompagner les États dans la préservation de leur stabilité monétaire et financière grâce à ses instruments de politique monétaire, la BEAC trace une ligne claire : la pérennité macroéconomique exigera une stricte discipline budgétaire et une réorientation rapide des flux de capitaux vers le secteur privé.

FACE À LA PRESSE

YVON SANA BANGUI :

« Jusqu’à 75 % de la liquidité bancaire est mobilisée par les États : un effet d’éviction massif qui prive le secteur privé d’oxygène financier. »

 » Aujourd’hui, il y a des efforts, la zone fait preuve de résilience, mais beaucoup reste à faire. Beaucoup reste à faire puisque nous sommes exposés à certains risques, parmi lesquels, notamment, ceux liés au contexte international. Comme vous le savez, les incertitudes géopolitiques continuent de peser lourdement sur nos économies. Il y a aujourd’hui le risque lié à la hausse des cours des produits pétroliers que l’on observe partout dans le monde, conséquence directe de l’instabilité et des incertitudes au Moyen-Orient. Ce contexte fait également peser la menace d’un déséquilibre ou d’un dérapage budgétaire pour nos États.
Au-delà de ces risques, les défis structurels demeurent au sein de la zone, au premier rang desquels figure la diversification de nos économies. Nous devons impérativement réduire notre dépendance aux importations, notamment de produits agricoles et d’autres biens de consommation, afin de renforcer nos réserves de change.
Un autre défi majeur réside dans l’exposition au risque souverain. Aujourd’hui, près de 75 % de la liquidité bancaire est mobilisée au profit des États. Cette situation engendre un véritable effet d’éviction, freinant l’accès aux financements et aux investissements indispensables au développement du secteur privé. «