Sur le tarmac de l'aéroport international de Yaoundé Nsimalen: le PDG de Bgfi holding, Henri Claude OYIMA accueilli par l'Adg de Bgfi Bank Cameroun, Abakal Mahamat

AUGMENTATION DE CAPITAL DE BGFI HOLDING CORPORATION : AU CAMEROUN, HENRI-CLAUDE OYIMA EN OPÉRATION SÉDUCTION APRÈS LE REVERS DU PREMIER ACTESur le tarmac de l'aéroport international de Yaoundé Nsimalen: le PDG de Bgfi holding, Henri Claude OYIMA accueilli par l'Adg de Bgfi Bank Cameroun, Abakal Mahamat

Arrivé ce dimanche 4 octobre 2026 dans la capitale camerounaise à bord de son jet privé, le tout-puissant patron du groupe bancaire gabonais Henri-Claude OYIMA descend personnellement dans l’arène des Investor Meetings avec pour ambition de combler le gouffre de la première phase et de lever 80,5 milliards de FCFA, un pari à haut risque pour l’image et la crédibilité du champion autoproclamé de la zone CEMAC.

Par Prince Aristide NGUEUKAM

Le train d’atterrissage de l’appareil présidentiel venait à peine d’immobiliser le jet privé d’Henri-Claude Oyima sur le tarmac de Yaoundé-Nsimalen, en cette fin d’après-midi dominicale du 4 octobre, que la cadence des grandes manœuvres s’imposait déjà. Sur la piste, la poignée de main chaleureuse mais solennelle d’Abakal Mahamat, Administrateur Directeur Général de la branche camerounaise, illustrait l’enjeu hors norme de ce déplacement. Loin d’une simple tournée de représentation, le patron de BGFI Holding Corporation a engagé là une véritable contre-offensive à la fois financière, stratégique et d’image.

Le convoi a aussitôt pris la direction du Hilton de Yaoundé, où les salons de l’établissement ont servi d’état-major de crise pour un conclave à huis clos avec les cadres dirigeants de la filiale locale. Les échanges, d’une intensité rare, se sont d’ailleurs prolongés autour d’un dîner de travail jusqu’aux alentours de 22 heures afin d’ajuster les ultimes arguments de persuasion. Dès ce lundi dans les salons du même hôtel de la capitale, avant de rallier mardi les milieux d’affaires de Douala au K-Hôtel, le banquier en chef va se frotter sans filtre aux investisseurs institutionnels, gestionnaires de portefeuilles et grandes fortunes du pays pour tenter d’arracher les souscriptions indispensables au bouclage de son appel public à l’épargne.

Le passif cuisant d’un premier tour de table écourté par le marché

Si le magnat gabonais paie de sa personne en descendant directement sur le terrain, c’est que les chiffres issus de la tentative inaugurale ont sonné comme une douche froide pour l’état-major de Libreville. En ouvrant initialement ses registres sur la cote sous-régionale avec l’ambition d’engranger près de 126 milliards de FCFA pour mettre 10 % de ses parts entre les mains du public, la banque pensait faire plier le marché par le seul poids de sa marque.

La réalité s’est révélée bien plus rude. Malgré des reports d’échéances et de multiples aménagements de calendrier, les souscripteurs n’ont consenti qu’un timide chèque global de 45,3 milliards de FCFA, plafonnant le taux d’exécution à un maigre 36 % et laissant le flottant public bloqué sous la barre des 4 %.

Pour un établissement qui s’affiche omniprésent dans les médias comme le colosse indétrônable de l’Afrique centrale, ce désaveu a ouvert une brèche dans laquelle les analystes financiers se sont immédiatement engouffrés. Beaucoup rappellent qu’exiger un tel volume d’argent frais dans un environnement sous-régional marqué par le resserrement de la liquidité et par un faible engouement pour les valeurs mobilières relevait d’une erreur d’appréciation manifeste. D’autant que face à des obligations souveraines offrant des rémunérations confortables sans le moindre aléa sur le capital, l’action BGFI, assortie d’un ticket d’entrée exigeant près d’un million de FCFA pour dix titres, a naturellement dissuadé les petits porteurs tout en laissant les trésoriers d’entreprises sur leur réserve en raison des interrogations persistantes sur la gouvernance interne.

Les équilibres d’un second round sous haute surveillance

Le compte à rebours est désormais enclenché avec une clôture irrévocable fixée à la mi-octobre. Pour convaincre les investisseurs de débourser les 80,558 milliards de FCFA nécessaires à l’atteinte des 10 % statutaires, le directoire propose plus d’un million de nouvelles actions assorties d’une décote d’environ 14 % par rapport à la valorisation boursière constatée.

Officiellement, cette recapitalisation doit consolider le plan d’expansion vers l’horizon 2030, tout en offrant aux filiales camerounaise, congolaise ou ivoirienne le matelas financier exigé par le durcissement des ratios prudentiels de la COBAC. Mais en coulisses, chacun sait que le succès de cette seconde manche conditionne surtout la crédibilité de la signature de la holding face aux régulateurs et aux marchés internationaux.

L’épreuve de vérité face à l’épargne camerounaise

En choisissant de mouiller personnellement la chemise à Yaoundé et Douala, Henri-Claude Oyima sait que le Cameroun constitue l’unique place financière capable d’absorber une telle émission. L’argentier gabonais parie sur son aura pour balayer les doutes des compagnies d’assurances, des caisses de retraite et des industriels locaux.

Le risque demeure toutefois immense. Si le milieu économique camerounais venait à bouder ce second appel, le coup porté à la réputation de BGFIBank serait d’une gravité inédite. Cette fois, le prétexte d’un simple contretemps logistique ne suffira plus à masquer un vote de défiance du monde des affaires envers le modèle et la valeur réelle du groupe. À l’opposé, réussir ce tour de force validerait avec éclat le pari d’Henri-Claude Oyima et réinstallerait solidement sa banque au sommet de la BVMAC. Les prochaines heures livreront le verdict de ce quitte ou double financier.