CEMAC :

Un tournant décisif vers la stabilité malgré des lenteurs persistantes

Une vue de la salle des travaux

Réuni en session extraordinaire le 8 avril 2026 à N’Djamena, le Comité de Pilotage du PREF-CEMAC, présidé par le ministre Christian Yoka, a dressé un bilan sans concession de la mise en œuvre des réformes communautaires. Entre résilience macroéconomique et urgence structurelle, la sous-région joue sa crédibilité avant les grandes échéances internationales du printemps.

Par Prince Aristide NGUEUKAM

L’heure est à la « lucidité collective » pour la zone CEMAC. Sous la présidence de Christian Yoka, Ministre congolais des Finances, le Comité de Pilotage (COPIL) du Programme des Réformes Économiques et Financières (PREF-CEMAC) s’est penché sur l’état d’avancement des dix mesures prioritaires édictées par les Chefs d’État en janvier dernier. Le constat est nuancé : si la machine des réformes est lancée avec des avancées réelles, son rythme de croisière reste en deçà des attentes pour transformer durablement les économies de la zone.

Une résilience économique en trompe-l’œil

Sur le front des indicateurs, la CEMAC affiche une certaine vigueur. La croissance économique s’est établie à 3,5 % en 2025, en légère progression par rapport aux 3,3 % de l’année précédente. L’inflation, véritable défi mondial, demeure ici maîtrisée à 2,1 %, restant confortablement sous le seuil communautaire de 3 %.
Cependant, ces chiffres cachent des fragilités extérieures préoccupantes. La détérioration des termes de l’échange et un rapatriement défaillant des recettes d’exportation ont entamé les réserves de change, désormais limitées à 4,2 mois de couverture des importations. Pour le COPIL, ces performances demeurent insuffisantes pour amorcer une transformation structurelle face à la dynamique démographique et aux déséquilibres budgétaires persistants.

Huit chantiers prioritaires pour accélérer la cadence

Face à ce que le Président du COPIL qualifie de « tournant décisif », les autorités communautaires ont arrêté une stratégie globale visant à combler l’écart entre l’ambition politique et l’exécution technique des réformes.
Cette dynamique repose d’abord sur la reconquête de la souveraineté monétaire par une lutte accrue contre le non-rapatriement des recettes d’exportation, prévoyant des sanctions administratives et pécuniaires fermes, notamment dans le secteur extractif, tout en finalisant le rapatriement délicat des fonds de restauration des sites pétroliers. Parallèlement, la modernisation des finances publiques devient un levier de transparence incontournable grâce à l’accélération de la digitalisation, la mise en œuvre effective du Compte Unique du Trésor et la migration vers le format de reporting MSFP 2014.
Ce renforcement de la gestion étatique s’accompagne d’un assainissement rigoureux du secteur bancaire, où l’accent est mis sur la réduction de l’exposition au risque souverain, le traitement des banques publiques fragiles et l’élaboration d’une loi bancaire unique. Enfin, l’intensification de l’apurement de la dette intérieure demeure le socle indispensable pour soutenir la stabilité macroéconomique durable de l’ensemble de la zone.

L’examen de passage devant le FMI

Cette session de N’Djamena constitue une répétition générale avant la réunion CEMAC-FMI prévue lors des Assemblées de Printemps à Washington. Le Président du COPIL a reçu mandat de présenter ces avancées, mais aussi les difficultés rencontrées, afin de maintenir le soutien des partenaires techniques et financiers.
« L’enjeu n’est plus de décider mais de mettre en œuvre », a martelé Christian Yoka. La crédibilité de la zone CEMAC dépendra désormais de sa capacité à traduire ces engagements en résultats tangibles et mesurables. Le message est clair : la résilience ne suffira plus ; seule l’action structurelle garantira la pérennité du modèle économique de l’Afrique Centrale.

ENCADRÉ :

Les 8 Résolutions Phares du COPIL PREF-CEMAC

À la suite du diagnostic posé par les Chefs d’État en janvier 2026, le Comité de Pilotage a arrêté une feuille de route rigoureuse pour accélérer la transformation structurelle de la sous-région. Voici les axes prioritaires de mise en œuvre :

Souveraineté Monétaire et Devises : Application immédiate de sanctions administratives et pécuniaires pour tout défaut de rapatriement des recettes d’exportation, avec un focus sur le secteur extractif et le retour effectif des fonds de restauration des sites pétroliers (Fonds RES).

Modernisation du Trésor Public: Accélération de la digitalisation et centralisation des fonds via le Compte Unique du Trésor (CUT), s’appuyant sur un inventaire exhaustif des comptes publics déjà ouverts.

Transparence Budgétaire : Finalisation impérative de la migration du Tableau des Opérations Financières de l’État (TOFE) vers le standard international MSFP 2014 selon un calendrier de conformité précis.

Stabilité du Secteur Bancaire : Limitation de l’exposition des banques au risque souverain par l’instauration de plafonds prudentiels sur les titres publics.

Renforcement de la Régulation : Élaboration d’une loi bancaire unique pour accroître les pouvoirs de supervision de l’autorité bancaire régionale.

Restructuration Financière: Suivi rigoureux et finalisation des plans de redressement pour les banques à capitaux publics jugées fragiles.

Gestion de la Dette : Intensification des plans d’apurement de la dette intérieure pour garantir la soutenabilité globale de la dette publique.

Redevabilité Internationale : Mandat donné au Président du COPIL pour présenter ces avancées et les obstacles rencontrés lors des Assemblées de Printemps du FMI et de la Banque Mondiale.