DÉMISSION DE KAMTO ET MOTA À LA PRÉSIDENCE DU MRC :

STRATÉGIE DE SURVIE OU DÉBUT D’UNE REFONDATION ?

Maurice Kamto et Mamadou Yakouba Mota ont démissionné, le mardi 08 septembre 2026, de leurs postes respectifs de président et 1er vice président du MRC

Face à la menace de paralysie juridique et aux tensions répétées avec le pouvoir central, les deux figures de proue du MRC ont choisi de faire un pas de côté. En cédant la tête du parti à sa 2ᵉ vice-présidente, Tiriane Noah, Maurice Kamto et Mamadou Yakouba Mota tentent un pari audacieux : désamorcer la focalisation du régime sur leurs personnes pour mieux préserver l’avenir politique du mouvement à l’approche des législatives et municipales de 2027.

Par Prince Aristide NGUEUKAM 

Le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) traverse ce mardi un séisme politique majeur. En l’espace de quelques heures, le président national du parti, le Professeur Maurice Kamto, ainsi que son premier vice-président, Mamadou Yakouba Mota, ont tous deux rendu publique leur démission de leurs fonctions respectives au sein du directoire.

Une double démission surprise sous le signe de l’« intérêt supérieur »

La première onde de choc est survenue en début d’après-midi lorsque le Professeur Maurice Kamto a publié une lettre officielle adressée au Directoire du parti. « Je vous informe par la présente que dans l’intérêt supérieur de notre parti, de ses nombreux militants et sympathisants, et du Peuple du Changement en général, j’ai décidé de démissionner des fonctions de Président National du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) », a écrit l’ancien candidat à la présidentielle, précisant que cette décision prenait effet immédiatement.

Quelques instants plus tard, c’est au tour de Mamadou Yakouba Mota de rendre publique sa propre lettre de démission, adressée au Secrétaire Général du parti. Le désormais ex-premier vice-président y invoque l’« acharnement » et l’« oppression » exercés par le régime en place à son endroit, affirmant refuser de servir de prétexte ou de cible pour fragiliser les activités du mouvement.

Maurice Kamto, Militant et ancien président du MRC

La stratégie d’apaisement du Directoire : esquiver la focalisation

Si le retrait de Maurice Kamto s’inscrit dans une dynamique d’apaisement, la démission simultanée de Mamadou Yakouba Mota intrigue les observateurs. Ce dernier ne faisait en effet l’objet d’aucun litige statutaire ni de contestation juridique interne quant à la légitimité de son poste.

Pour plusieurs analystes de la scène politique nationale, le retrait combiné des deux figures de proue relève d’une manœuvre tactique soigneusement orchestrée par le Directoire du MRC. En se retirant ensemble, Kamto et Mota évitent que le débat public et l’attention médiatique ne se focalisent exclusivement sur la personne de Maurice Kamto, tout en privant leurs détracteurs d’un angle d’attaque ad hominem.

Mamadou Yakouba Mota, militant et ancien 1er vice président du MRC

Les origines de la crise : le contentieux Okala Ebode et le ministère de l’Administration Territoriale

Pour comprendre la genèse de cette secousse politique, il faut remonter à la crise qui secoue le parti depuis près d’un an. En 2025, Maurice Kamto avait une première fois démissionné du MRC pour rejoindre temporairement le Manidem afin de porter une candidature à la présidentielle d’octobre 2025. Durant cette période, Mamadou Yakouba Mota avait assuré la transition à la tête de la formation. Après le rejet de cette candidature, le Directoire du MRC avait réintégré Kamto à la tête du parti, au cours d’une convention extraordinaire tenue le 21 décembre 2025 en visioconférence.

Cependant, ce retour avait suscité une vive contestation menée par Joseph Thierry Okala Ebode, alors secrétaire national chargé de la réforme et de la mobilisation de l’État. Ce dernier soutenait que le retour de Maurice Kamto violait les textes fondateurs du parti, affirmant qu’il devait purger une période de trois ans comme simple militant avant de prétendre à un poste de direction. Cet affrontement interne s’est soldé, le 24 novembre 2025, par l’exclusion définitive d’Okala Ebode pour « haute trahison ». Okala Ebode a par la suite porté l’affaire devant les tribunaux tout en saisissant l’administration territoriale, ce qui avait contribué à l’interdiction de la convention du MRC fin 2025.

La récente intervention du Ministère de l’Administration Territoriale (MINAT) sur ces querelles internes, ravivant les tensions autour de la légitimité de la présidence du MRC, aura finalement poussé le leadership du parti à trancher dans le vif.

Appel à la cohérence et à la réconciliation : la question judiciaire des frondeurs

Alors que le parti tente de tourner la page, plusieurs observateurs et analystes estiment que pour être totalement cohérente avec sa volonté d’apaisement et de refondation, la direction du MRC doit aller plus loin. Cela passerait notamment par des démarches d’ouverture et de réconciliation envers ses contestataires internes.

Deux dossiers judiciaires demeurent en effet pendants. D’une part, la contestation portée par Joseph Thierry Okala Ebode sur la légalité de la gouvernance du parti constitue un caillou dans la chaussure du mouvement. D’autre part, Willy Mengue, également exclu des rangs, est engagé dans une bataille judiciaire contre la direction du MRC devant le Tribunal de Première Instance de Yaoundé-Ekounou, une affaire suivie avec attention par le Collectif Sylvain Souop.

Une réintégration ou un accord de conciliation avec ces figures permettrait, selon certains analystes, de neutraliser définitivement les risques de paralysie juridique.

Tiriane Balbine Noah,2e vice président du MRC

Tiriane Noah aux commandes dans la perspective des échéances de 2027

Conformément aux statuts du MRC, c’est désormais la 2ᵉ vice-présidente, Tiriane Balbine Noah, qui prend les rênes du parti. Elle hérite d’une formation politique en pleine mutation administrative, mais fermement tournée vers l’avenir.

Alors que les élections législatives et municipales s’annoncent pour février 2027, le MRC continue son travail d’implantation et de mobilisation sur le terrain. La transition sous la conduite de Tiriane Noah aura pour mission prioritaire de pacifier le front interne, de sécuriser la légalité des structures du parti et de préparer sereinement les troupes pour les grands rendez-vous électoraux à venir.

La lettre de démission de Maurice Kamto
La lettre de démission de Mamadou Yakouba Mota