FINANCE AFRICAINE :
Vers le déploiement de l’Institut Monétaire Africain

Réunis à Dakar du 6 au 8 mai 2026, au siège de la BCEAO, les gouverneurs des banques centrales du continent ont scellé le calendrier de l’intégration monétaire. Sous l’impulsion déterminante d’Yvon Sana Bangui, Président de l’ABCA et Gouverneur de la BEAC, et de Jean-Claude Kassi Brou, Gouverneur de la BCEAO, l’annonce du lancement officiel de l’Institut Monétaire Africain (IMA) pour septembre 2026 marque un tournant historique vers la création d’une Banque Centrale unique.
Par Prince Aristide NGUEUKAM
L’architecture financière de l’Afrique de demain n’est plus une simple vue de l’esprit. Lors de la première session ordinaire du Bureau de l’Association des Banques Centrales Africaines (ABCA) tenue au Sénégal, les décideurs financiers ont transformé l’ambition en plan d’action concret. L’objectif : faire de l’IMA le catalyseur de la convergence macroéconomique du continent.
Un leadership régional au service du continent
Le déploiement de l’Institut est le fruit d’une synergie accrue entre les grandes institutions d’émission. Yvon Sana Bangui, à la tête de la BEAC, a qualifié cette étape de « déterminant central » pour l’indépendance financière de l’Afrique. À ses côtés, Jean-Claude Kassi Brou a réaffirmé l’engagement de la zone UEMOA dans ce processus, soulignant que l’harmonisation des politiques est le seul rempart efficace contre les chocs mondiaux.
Cette volonté de fer s’appuie sur les statuts historiques adoptés en février 2026 à Addis-Abeba par les chefs d’État de l’Union africaine. Comme l’a rappelé André Wameso, Gouverneur de la Banque Centrale du Congo (BCC) et Président du Sous-comité Afrique centrale de l’ABCA, la construction de cet édifice doit strictement respecter ces textes pour garantir la naissance d’une institution crédible, capable de porter les aspirations de prospérité du continent.
Abuja : futur épicentre monétaire
Le choix du terrain est déjà fait.
Francisca Tatchouop Belobe, Commissaire de l’Union africaine, a confirmé que le Nigéria est prêt à accueillir l’IMA. Avec des « installations de classe mondiale » déjà disponibles à Abuja, le processus d’opérationnalisation entre dans une phase technique accélérée, coordonnée par un calendrier précis de recrutement et de mise en place du Conseil de l’Institut.
Modernité et vigilance : les défis de demain
Si l’IMA se concentre sur les structures classiques de la monnaie, les précurseurs de cette initiative n’ignorent pas la révolution numérique. La conférence internationale tenue en marge des réunions de l’ABCA a mis en lumière la nécessité de réguler les crypto-actifs.
Avec la participation notable de Lisa D. Cook, membre du Conseil des Gouverneurs de la Réserve fédérale américaine (Fed), les échanges ont souligné l’importance de l’innovation tout en prévenant les risques de cybercriminalité et de blanchiment de capitaux. Pour les dirigeants africains, la souveraineté monétaire de demain se jouera autant sur la stabilité des banques centrales que sur la maîtrise des technologies de paiement numérique.

Vers une intégration irréversible
L’accord de coopération renforcé entre la BEAC et la BCEAO, consolidé lors d’une rencontre bilatérale le 6 mai, sert de modèle à cette intégration. En interconnectant les systèmes de paiement et en harmonisant les cadres de cybersécurité, les deux institutions préparent le terrain pour une transition fluide vers l’Union monétaire continentale.
Le rendez-vous de septembre 2026 est désormais le point de mire de tout un continent. Sous la supervision de l’ABCA, l’Afrique s’apprête à tourner l’une des pages les plus importantes de son histoire économique moderne.
BEAC-BCEAO : Un axe stratégique pour l’intégration
En marge de ces travaux continentaux, il faut souligner q’un sommet bilatéral crucial s’est tenu le 6 mai entre Yvon Sana Bangui et Jean-Claude Kassi Brou. Cette rencontre, qui s’inscrit dans le cadre de l’Accord de coopération historique de 2008, a permis de renforcer la synergie d’actions face aux défis communs des zones CEMAC et UEMOA.
Les deux gouverneurs ont ainsi validé les avancées du plan d’actions 2025-2026, mettant l’accent sur la modernisation et l’interconnexion des systèmes de paiement, la cybersécurité et l’harmonisation des politiques monétaires. Cette coopération bilatérale, dont le prochain rendez-vous est fixé à 2027 au siège de la BEAC, s’affirme comme le moteur indispensable de la stabilité financière régionale et le socle sur lequel s’appuiera l’Institut Monétaire Africain pour réussir son envol.
