Assemblées annuelles de la BAD 2026 : Audience au sommet entre Denis Sassou-Nguesso et Sidi Ould Tah

À la veille de l’ouverture officielle des Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD), le chef de l’État congolais a reçu, hier 24 mai 2026, à sa résidence de M’pila le président du groupe de la banque africaine de développement (BAD), Sidi Ould Tah. Cet entretien de haut niveau a permis de finaliser les derniers préparatifs de ces assises historiques qui se tiennent à Brazzaville et de sceller une alliance stratégique pour relever le défi du financement du continent africain.Au cœur de cette audience…
Par Prince Aristide NGUEUKAM, envoyé spécial à Brazzaville.
C’est un ballet diplomatique et financier de haute voltige qui s’est ouvert à Brazzaville. Pour la deuxième fois de son histoire depuis la création de l’institution, la terre congolaise accueille, du 25 au 29 mai 2026, les Assemblées annuelles du groupe de la Banque africaine de développement (BAD). Dans une atmosphère de veillée d’armes, tous les feux des projecteurs sont braqués sur la capitale congolaise, devenue pour quelques jours le carrefour où se dessine l’avenir économique de l’Afrique.
Le ton de ce rendez-vous historique a été donné dès le dimanche 24 mai à la résidence présidentielle de M’pila. Le président de la République, Denis Sassou-Nguesso, y a reçu en audience le président du groupe de la BAD, Sidi Ould Tah. L’occasion pour ce dernier de faire le point des préparatifs et de présenter de vive voix au chef de l’État congolais les grandes articulations de ces assemblées générales.
Une rencontre au sommet qui augure un vent de confiance mutuelle : « Nous sommes très confiants que ces assemblées seront un très grand succès, pas seulement pour le groupe de la Banque africaine de développement et la République du Congo, mais pour toute l’Afrique », a déclaré Sidi Ould Tah à l’issue de son entretien.
Le patron de la BAD a profité de cette tribune pour exprimer au président Sassou-Nguesso « toute [sa] satisfaction de la qualité de la préparation de ces assemblées et des conditions dans lesquelles ces assemblées seront tenues ».

Le nerf de la guerre : Combler un fossé de 400 milliards de dollars
Dans un contexte macroéconomique mondial marqué par les tensions géopolitiques et le repli sur soi, le continent africain doit impérativement réinventer ses mécanismes de financement. Pour le président de la BAD, l’enjeu des débats de cette semaine dépasse les simples discussions de coulisses : il s’agit de répondre à une crise de ressources dans un monde de plus en plus fragmenté.
Le constat chiffré dressé par Sidi Ould Tah est sans appel et illustre l’ampleur de la tâche. Le continent fait face à un déficit de financement abyssal : « Ces assemblées vont examiner d’abord la question de la mobilisation à grande échelle des ressources financières pour le continent africain. Comme vous le savez, le continent a des besoins annuels estimés à plus de 400 milliards de dollars, alors que les financements disponibles jusqu’à présent sont très en deçà de ce volume », a-t-il rappelé avec gravité.
Face à cette urgence, Brazzaville s’est transformée en une véritable fourmilière financière, attirant une multitude de bailleurs de fonds internationaux venus prendre part à l’événement. L’objectif affiché est clair : passer d’une banque de projets à une véritable force de frappe géofinancière capable de catalyser les capitaux mondiaux.

Les « quatre points cardinaux » et les sept réformes de Sidi Ould Tah
Arrivé à la tête de l’institution avec la ferme intention de bousculer les lignes, Sidi Ould Tah compte profiter de ces assemblées de Brazzaville pour dévoiler sa feuille de route stratégique, articulée autour de ce qu’il nomme ses « quatre points cardinaux ».
Le cœur de sa doctrine repose sur une transformation profonde de l’identité et de l’action de la BAD. Il ne s’agit plus seulement d’octroyer des crédits, mais de devenir un pivot majeur de la mobilisation de ressources à grande échelle : « L’une de mes ambitions à la tête du groupe de la Banque africaine de développement, c’est de mobiliser des ressources à grande échelle pour le continent. Et ça fait partie de mes quatre points cardinaux qui seront présentés en détail lors de ces assemblées, mais aussi les sept réformes que je compte apporter au groupe de la Banque africaine de développement pour le rendre beaucoup plus mobilisateur pour les ressources.
Pour le dirigeant, l’objectif ultime est « de faire de la banque non seulement une institution qui finance, mais une institution qui mobilise les ressources pour le continent et qui fait appel à toute forme de ressources qui peuvent contribuer au financement des économies africaines ».

Le Congo à la manœuvre : Entre leadership régional et transformation interne
Pour la République du Congo, qui assure la présidence du Conseil des gouverneurs de la BAD, ces assemblées revêtent une importance hautement stratégique. Elles coïncident avec une période clé sur le plan politique national, le président Denis Sassou-Nguesso ayant inauguré un nouveau mandat.
Ce timing offre au Congo une opportunité idéale pour déployer un nouveau processus de reprogrammation du développement, soutenu par un nouveau Plan national de développement (PND) résolument orienté vers la transformation structurelle de l’économie congolaise.
Sidi Ould Tah a d’ailleurs tenu à réaffirmer le statut du pays hôte comme un pilier de cette stratégie :
« Bien sûr, la République du Congo est un partenaire privilégié du groupe de la Banque africaine de développement, et nous comptons, avec le gouvernement, mobiliser davantage de ressources pour contribuer au financement du Plan national de développement de la République du Congo. »
Alors que les sessions plénières s’ouvrent à Brazzaville, la capitale congolaise s’impose comme le laboratoire d’une Afrique qui refuse de subir la fragmentation du monde et choisit de prendre en main les leviers de son propre développement. Les engagements pris au cours de ces cinq jours de travaux seront décisifs pour la trajectoire économique de la décennie à venir.
RÉACTION
SIDI OULD TAH, PRÉSIDENT DU GROUPE DE LA BAD:
«Ces assemblées vont examiner d’abord la question de la mobilisation à grande échelle des ressources financières pour le continent africain»
Nous sommes très confiants que ces assemblées seront un très grand succès, pas seulement pour le groupe de la Banque africaine de développement et la République du Congo, mais pour toute l’Afrique. Les questions qui seront débattues au cours des différentes réunions portent sur des sujets extrêmement importants pour l’avenir du continent, dans un monde fragmenté où la mobilisation des ressources est extrêmement importante pour permettre de financer les besoins énormes de l’Afrique. Nous avons exprimé à Son Excellence Monsieur le Président de la République toute notre satisfaction concernant la qualité de la préparation de ces assemblées et des conditions dans lesquelles elles seront tenues.
Une idée sur des questions importantes qui seront examinées ?
Ces assemblées vont examiner d’abord la question de la mobilisation à grande échelle des ressources financières pour le continent africain. Comme vous le savez, le continent a des besoins annuels estimés à plus de 400 milliards de dollars, alors que les financements disponibles jusqu’à présent sont très en deçà de ce volume. Et donc, l’une de mes ambitions à la tête du groupe de la Banque africaine de développement, c’est de mobiliser des ressources à grande échelle pour le continent. Et ça fait partie de mes quatre points cardinaux qui seront présentés en détail lors des travaux, mais aussi les sept réformes que je compte apporter au groupe de la Banque africaine de développement pour le rendre beaucoup plus mobilisateur pour les ressources, pour faire de la banque non seulement une institution qui finance, mais une institution qui mobilise les ressources pour le continent et qui fait appel à toute forme de ressources qui peuvent contribuer au financement des économies africaines.
Quid des retombées pour la république du Congo…
Bien sûr, la République du Congo est un partenaire privilégié du groupe de la Banque africaine de développement, et nous comptons, avec le gouvernement, mobiliser davantage de ressources pour contribuer au financement du Plan national de développement de la République du Congo.

