Financement du commerce en Afrique : La BAD présente son rapport 2025

Présentation au public , à Brazzaville, du rapport 2025 par le président du groupe de la BAD, Sidi Ould Tah.

Présenté officiellement le 27 mai 2026 par le président de la Banque africaine de développement (BAD) lors des Assemblées annuelles à Brazzaville, le 5e rapport sur le financement du commerce en Afrique dresse un bilan contrasté mais résolument combatif de l’après-COVID-19. Si les institutions financières du continent ont fait preuve d’une résilience remarquable face aux crises successives, le spectre d’un nouveau creusement du déficit commercial menace directement les ambitions d’intégration régionale.

Par Prince Aristide NGUEUKAM 

C’est le chiffre clé qui cristallise l’espoir des économistes : entre 2020 et 2024, le commerce intra-africain a bondi de 89 % par rapport à la décennie précédente (2011-2019), s’accaparant désormais 34 % du commerce global intermédié par les banques du continent.

Le grand bond en avant du commerce régional

Une performance remarquable qui témoigne d’une réorientation stratégique des flux en pleine période d’incertitude mondiale.
Pourtant, cette dynamique cache une réalité plus fragile. Le secteur bancaire commercial traditionnel peine à suivre le rythme, n’assurant plus que 23 % du commerce total africain sur les cinq dernières années, contre 40 % auparavant. C’est ici que les institutions de financement du développement (IFD) et la BAD ont joué les pompiers de service en injectant 32 milliards de dollars par an. Sans ce filet de sécurité, le déficit annuel de financement aurait franchi la barre fatidique des 100 milliards de dollars. En 2024, ce besoin non satisfait oscillait encore entre 74 et 92 milliards de dollars.

Panel d’experts expliquants le rapport 2025 du financement du commerce en Afrique 

L’avertissement macroéconomique : un équilibre précaire

L’embellie post-pandémie pourrait être de courte durée. La résurgence des tensions géopolitiques mondiales fait peser un risque systémique majeur sur les banques correspondantes internationales, de plus en plus frileuses face au risque africain.
Anthony Simpasa, directeur du département des politiques macroéconomiques à la BAD, lance une alerte sévère : « Un appétit plus restrictif pour le risque de la part des correspondants pourrait creuser ce déficit à 86,6-102,6 milliards de dollars d’ici 2027 dans un scénario allant de modéré à sévère. Cela représente une hausse d’au moins 17,7 % par rapport au niveau de 2024, ce qui pourrait réduire à néant une décennie d’efforts. »
À ce plafond de verre géopolitique s’ajoute un ennemi intérieur persistant : la crise des devises. Environ 36 % des établissements bancaires désignent désormais la pénurie de liquidités en devises étrangères comme le frein numéro un à leur croissance, un chiffre qui a tout simplement doublé par rapport à la période 2015-2019.

Le défi de la numérisation et le piège du « chaînon manquant »

Pour moderniser cet écosystème, la transformation numérique apparaît comme le levier indispensable. Pourtant, le rapport souligne un retard criant : à peine 28 % des banques africaines ont franchi le pas des plateformes digitales, bloquées par des coûts d’infrastructure prohibitifs.
Au cœur des débats de Brazzaville, la situation des petites et moyennes entreprises (PME) est apparue comme l’angle mort du système actuel. Francisca Tatchouop Belobe, commissaire à la Commission de l’Union africaine, a fermement dénoncé ce statu quo : *« Les PME sont trop grandes pour la microfinance, trop petites pour les services bancaires aux entreprises, mais leur importance commerciale est bien trop grande pour qu’elles soient exclues du système de financement du commerce. Il est temps que les banques commerciales considèrent le financement du commerce des PME comme une activité à part entière, et non comme une activité secondaire. »

Photos de famille

Vers une réponse systémique continentale

Face à ces blocages, l’heure n’est plus aux solutions de fortune. Les experts plaident pour un changement d’échelle à travers de nouveaux mécanismes de mutualisation et de réduction des risques, à l’image de la Nouvelle architecture financière africaine pour le développement (NAFAD).
Pour Didier Acouetey, conseiller principal à la BAD, cet outil change radicalement la donne : « Le NAFAD nous offre, pour la première fois, un cadre continental cohérent pour combler le déficit de financement du commerce, non pas projet par projet, mais de manière systémique. C’est ce changement qui transforme tout pour les PME africaines. »
L’enjeu des prochaines années sera donc de transformer cette résilience d’urgence en un modèle durable et souverain. Comme le résume Mehdi Tanani, directeur régional chez Proparco : « L’Afrique ne comblera pas son déficit de financement du commerce en ajoutant des contraintes, mais en construisant un écosystème de financement du commerce plus résilient, plus numérique et plus durable – un écosystème qui protège les PME contre les chocs mondiaux tout en accélérant l’intégration économique du continent. »