CEMAC 2026 :
Le grand sevrage financier…

Alors que les arriérés des États membres dépassent le cap vertigineux de 231 milliards de FCFA, la 45ème session du Conseil des Ministres de l’UEAC s’est ouverte le 13 juin 2026 à Brazzaville. Face à un modèle budgétaire à bout de souffle et au spectre d’une paralysie institutionnelle, l’Afrique Centrale tente d’imposer la fin du statu quo.
Par Prince Aristide NGUEUKAM
C’est un cri d’alarme qui résonne comme un ultime avertissement. La Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) traverse une tempête financière sans précédent, caractérisée par une raréfaction inédite de ses ressources. À l’ouverture des travaux du Conseil des Ministres de l’Union pour l’Afrique Centrale (UEAC), le constat dressé par Baltasar Engonga Edjo’o, Président de la Commission de la CEMAC, s’est voulu sans concession. Les clignotants sont au rouge vif : depuis janvier 2026, la dégradation de la trésorerie a atteint un « seuil critique sans précédent », menaçant directement le cœur opérationnel de la communauté.

Une asphyxie financière programmée
Derrière cette crise se cache le serpent de mer de l’intégration régionale : le non-reversement de la Taxe Communautaire d’Intégration (TCI). Principale source de financement de la CEMAC, la TCI affiche un taux de recouvrement famélique de seulement 50,67 %. Le gouffre budgétaire est vertigineux, les arriérés cumulés des États membres dépassant désormais les 231 milliards de FCFA.
Cette asymétrie entre les engagements politiques et les contributions réelles paralyse l’action communautaire. Le faible niveau de trésorerie compromet le fonctionnement de l’ensemble des institutions régionales, entraînant déjà des arriérés de salaires et le ralentissement, voire la suspension pure et simple, de plusieurs programmes de développement. Face à cette urgence absolue, la diplomatie technique a montré ses limites. Les « missions circulaires » menées par la Commission auprès des capitales régionales n’ont pas permis d’inverser la tendance. Désormais, seul un arbitrage politique de haut niveau, visant à rendre automatique le reversement de la TCI par chaque Trésor public national, pourra sauver le modèle.

Cap sur la rupture et la performance
Face à ce péril imminent, le ministre congolais en charge de l’Intégration régionale et Président en exercice du Conseil, Ludovic Ngatsé, a choisi de siffler la fin de la récréation. Prônant une rupture radicale avec les vieux démons de la sous-région, il appelle à substituer « l’intégration déclarative » par une « intégration performative », jugée à l’aune de ses résultats concrets. « Nous ne pouvons plus nous permettre la culture du report. Chaque résolution adoptée et non mise en œuvre est une brèche dans notre crédibilité collective », a martelé Ludovic Ngatsé, pointant du doigt le risque d’inefficacité et d’arbitraire qui guette les institutions dépourvues de manuels de procédures clairs.
Pour restaurer cette crédibilité, Brazzaville mise sur un agenda de gouvernance rigoureux : accélération des audits financiers, finalisation des cadres de procédures et mise en place d’un Comité d’Audit pleinement opérationnel. L’ambition est claire : imposer une discipline budgétaire de fer pour rassurer les partenaires et optimiser chaque franc CFA collecté.

Au-delà du budget, les chantiers de l’intégration réelle
Malgré l’urgence financière qui capte toutes les attentions, le Conseil ne perd pas de vue l’agenda technique de l’intégration. Les ministres planchent également sur des dossiers structurants pour le quotidien des populations de l’espace CEMAC, à l’instar de la redevance de sécurité aérienne et du déploiement effectif du free-roaming télécoms sous-régional.

L’enjeu de cette 45ème session dépasse donc le simple rééquilibrage des comptes. Il s’agit de redéfinir le contrat de confiance entre les États membres et l’idéal communautaire. Comme l’a rappelé le Président du Conseil en clôturant son propos, ce sursaut n’est plus une option : « Notre communauté en vaut la peine, nos populations l’exigent, notre histoire nous y oblige. » Reste à savoir si les chefs d’État sauront transformer ces intentions en actes concrets avant l’asphyxie finale.
ILS ONT DIT:
Baltazar Engonga Edjo’o, Président de la Commission de la CEMAC :
« Le niveau de trésorerie, de la commission de la Cemac, extrêmement faible compromet le fonctionnement de toutes les institutions émargeant au budget de la Communauté »
» … la 45ème session ordinaire du Conseil des Ministres de l’UEAC s’ouvre dans un contexte de raréfaction inédite des ressources de la Communauté.
Les signaux de dégradation de la situation, plusieurs fois émis par le service de recouvrement de la Taxe Communautaire d’Intégration, continuent de s’aggraver depuis janvier 2026.
Le niveau de trésorerie extrêmement faible compromet le fonctionnement de toutes les institutions émargeant au budget de la Communauté, au point d’atteindre aujourd’hui un seuil critique sans précédent, marqué par des arriérés de salaires et par l’inévitable ralentissement ou suspension des programmes et plans d’action de ces institutions.
La racine du problème, qui réside dans les carences de reversement de la Taxe Communautaire d’Intégration, principale source de financement de la CEMAC, est bien connue.
À ce propos, lors de la dernière session du Conseil des Ministres de l’UEAC, votre éminente assemblée avait recommandé l’ouverture d’un dialogue franc entre la Commission et les États membres.
Le Président de la Commission, à cet effet, avait mandaté le Vice-Président aux fins d’effectuer une mission circulaire auprès des autorités compétentes en la matière dans chacun des États membres. Mais, en dépit des échanges fructueux enregistrés, la situation peine à s’améliorer. »
Ludovic Ngatse, ministre congolais en charge de l’économie et des statistiques et Président du conseil des ministres de l’UEAC:
« L’heure n’est plus à l’intégration déclarative mais à l’intégration performative»
« … Nous ne pouvons plus nous permettre la culture du report. Chaque résolution adoptée et non mise en œuvre est une brèche dans notre crédibilité collective. Chaque arriéré de TCI non recouvré au service communautaire non rendu à nos citoyens. Chaque institution sans manuel de procédure est une institution exposée à l’arbitraire et à l’inefficacité.
L’heure n’est plus à l’intégration déclarative mais à l’intégration performative, celle qui se mesure à ses effets concrets et vérifiables.
Je formerais le vœu que nos travaux de cette journée soient guidés par cet impératif. Je compte sur l’engagement sincère de chaque délégation, sur la rigueur de nos débats et sur nos notre volonté commune de faire de la présente session un moment de rupture avec la culture du statu quo.
Notre communauté en vaut la peine, nos populations l’exigent, notre histoire nous y oblige… »

