Paiement numérique en CEMAC :

La BEAC et le GIMAC lancent le QR Code communautaire

Prise de parole du gouverneur de la BÉAC, Yvon Sana Bangui

Sous la présidence effective du Gouverneur de la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC), Yvon Sana Bangui, la haute finance sous-régionale s’est réunie ce jour à Douala pour le lancement officiel du QR Code unique interopérable de la CEMAC. Organisée en présence de Marcel Ondele, Secrétaire Général de la COBAC, de Guy Noël Londongo, Directeur Général du GIMAC, ainsi que des dirigeants des établissements de crédit, de microfinance et de paiement de la zone, cette cérémonie solennelle marque l’entrée de l’espace communautaire dans une nouvelle ère d’inclusion financière et d’intégration monétaire numérique.

Par Prince Aristide NGUEUKAM

« Cet événement marque un tournant historique dans la modernisation de notre système financier sous-régional avec l’introduction du QR Code communautaire destiné à sécuriser et à simplifier les paiements dans la CEMAC. L’essor et la diffusion rapide des innovations technologiques nous imposent de développer des systèmes numériques robustes et interconnectés qui permettent d’accompagner nos économies dans leur transition vers la digitalisation et leur développement. », a indiqué Yvon Sana Bangui, Gouverneur de la BEAC.
L’aboutissement de cette initiative ne relève pas du hasard. Il est le fruit d’un long et rigoureux processus de concertation, d’harmonisation technique et de normalisation juridique à l’échelle de la zone monétaire.

Une vue du Panel

Un cadre normatif et juridique solide : Le Règlement CORENOFI

Sur le plan réglementaire, l’armature juridique repose sur l’adoption préalable, par le Comité Ministériel de l’Union Monétaire de l’Afrique Centrale (UMAC), du Règlement N°02/26/CEMAC/UMAC/CORENOFI du 8 avril 2026.
Ce texte structurant acte l’homologation officielle des normes communautaires régissant le QR Code, mais également d’autres instruments modernes de paiement interbancaire automatisé comme la lettre de change automatisée et le prélèvement automatique. En gravant ces normes dans le marbre juridique de la CEMAC, les autorités monétaires entendent offrir un cadre d’exercice totalement sécurisé et juridiquement contraignant pour l’ensemble des acteurs de l’écosystème.

Présentation du DG du Gimac

Merchant Mode vs. Consumer Mode : Anatomie d’un saut technologique

Sur le plan technique, le dispositif repose principalement sur le Merchant Presented Mode (MPM) qui constitue le mode d’interaction par défaut sous forme de paiement « Push ». Dans cette configuration, le commerçant affiche simplement son QR Code fixe ou dynamique, que le client scanne au moyen de son application mobile bancaire ou de paiement afin de valider la transaction. Cette approche offre l’avantage stratégique majeur de permettre un déploiement instantané avec un coût d’acquisition nul pour le marchand, tout en éliminant le besoin d’investir dans des équipements ou scanners matériels dédiés.
En complément pour la grande distribution, le Consumer Presented Mode (CPM) fonctionne selon une logique de paiement « Pull ». Ce mode permet au client de générer un QR Code sur son propre smartphone, lequel est ensuite scanné par la caisse du commerçant pour finaliser le passage en caisse rapide.
Quelle que soit la méthode retenue, l’architecture garantit une expérience utilisateur fluide et universelle : n’importe quelle application mobile émanant d’une banque, d’une microfinance ou d’un opérateur de Mobile Money opérant dans la zone CEMAC pourra lire sans distinction le QR Code d’un commerçant, quel que soit le pays d’origine ou l’établissement teneur de compte.

Sécurité renforcée et routage unifié via le GIMAC

L’interopérabilité totale ne s’effectue pas au détriment de la rigueur sécuritaire. Le dispositif communautaire s’appuie sur une architecture monétique robuste garantie par l’homologation internationale EMVCo, qui assure le respect des plus hauts standards mondiaux de traitement des données financières. La protection des transactions repose sur la validation systématique par le code confidentiel de l’utilisateur final ainsi que sur l’utilisation d’identifiants uniques comme l’IBAN ou les alias de compte, éliminant ainsi les risques d’erreur d’adressage. Enfin, l’ensemble des opérations interbancaires transfrontalières sont directement routées, compensées et dénouées par le commutateur régional du GIMAC.

Analyse Économique : Rupture des coûts et impulsion pour la Fintech locale

D’un point de vue strictement macroéconomique et financier, l’introduction de cette norme sous-régionale apporte une réponse directe et structurante à l’un des freins majeurs de l’inclusion financière en Afrique Centrale.
En premier lieu, la démocratisation de l’acceptation marchand franchit un cap décisif dans la mesure où l’acquisition de Terminaux de Paiement Électronique physiques impose des coûts d’importation, de maintenance et de connectivité souvent insupportables pour le petit commerce. Le QR Code détruit cette barrière financière en transformant un simple smartphone ou un support papier imprimé en véritable terminal d’encaissement.
De plus, l’initiative marque la fin du cloisonnement des réseaux propriétaires en brisant les frontières entre applications concurrentes de Mobile Money, ce qui permet au régulateur d’unifier le marché et de simplifier considérablement le parcours du consommateur.
Enfin, cette infrastructure agit comme un puissant catalyseur pour l’écosystème Fintech local. Les jeunes pousses et éditeurs de logiciels de la zone CEMAC disposent désormais d’une brique standardisée sur laquelle s’appuyer pour développer des solutions financières innovantes à forte valeur ajoutée parfaitement adaptées aux besoins régionaux.
En accélérant la substitution du cash par la monnaie scripturale et électronique, la CEMAC pose les fondations d’une économie plus transparente, plus sûre et résolument tournée vers l’avenir.