JOËL OWONA, ÉCONOMISTE, VICE -PRÉSIDENT DE BEKO CAPITAL:
« l’initiative du Market Sounding est porteuse et louable, car l’État ne chemine pas seul : il fait appel à l’expertise du secteur privé.»
Réuni à Yaoundé du 29 au 30 juin 2026 pour le #market sounding dédié à la réhabilitation de la SONARA, le gouvernement cherche des voies de sortie de crise. Participant à cette rencontre, Joël Owona, économiste et vice-président de la société de bourse #Beko Capital Advisory , analyse l’impact de la dépendance énergétique sur la croissance du pays. Invité sur le plateau de CRTV News, il revient sur le poids des subventions aux carburants et explore les pistes de relance à travers le partenariat public-privé (PPP).Lire l’interview retranscrit par Forum Libre…
Le Cameroun a englouti jusqu’à 1 000 milliards de francs CFA en une seule année — c’était en 2022 — pour subventionner le carburant importé à cause de la paralysie de la Sonara. En tant qu’économiste et vice-président de #Beko Capital Advisory, est-ce que ce modèle d’importation massive n’est pas en train d’asphyxier silencieusement notre croissance économique ?
Joël Owona : Le mot « asphyxier » est faible. On parle ici d’un frein structurel à l’économie et au développement de l’investissement public. Depuis 2019, cela fait déjà 7 ans que le Cameroun importe massivement du carburant pour pouvoir approvisionner les réservoirs des Camerounais. Cela pèse énormément sur le budget de l’État, qui est de plus en plus déficitaire. Nous observons aussi les pressions exercées sur les différentes réserves de change.
À ce rythme-là, le coût d’opportunité est gigantesque. Cela signifie que nous aurions pu financer des kilomètres de routes bitumées ou des infrastructures énergétiques — notamment le transport de l’électricité, qui représente l’un des défis majeurs actuels du Cameroun —, sans oublier les investissements dans le capital humain, qui reste la matière première du pays, et j’en passe.
Et justement, le fait que le Cameroun ne raffine plus son propre pétrole et dépend des traders internationaux pèse sur notre balance commerciale. Est-ce que cette vulnérabilité énergétique ne dégrade pas la signature du Cameroun auprès des investisseurs internationaux et surtout des agences de notation, rendant ainsi les levées de fonds de plus en plus chères ?
Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’une agence de notation ou un investisseur ne s’arrête pas aux intentions. Nous faisons face ici à un cas avéré de sinistre lié à un incident, comme on le dit si bien. Mais les investisseurs ne regardent que les chiffres. Quand on observe qu’un pays dépend fortement de l’extérieur pour son énergie, cela conduit malheureusement à une hausse des primes de risque pour le Cameroun et à une dégradation de la perception de sa signature.
Résultat des courses, quand l’État ou les différents organismes publics et privés décident d’emprunter, aussi bien à l’international que dans la sous-région, on se retrouve avec un coût de la dette très élevé. C’est la conséquence directe de cette forte dépendance énergétique et de la dégradation de la signature souveraine du Cameroun.
Et pour sortir de cette impasse, en attendant la restructuration de la Sonara, quelles solutions d’urgence préconisez-vous aujourd’hui ? Faut-il complètement libéraliser les prix à la pompe pour soulager l’État, quitte à asphyxier le panier de la ménagère ? Ou existe-t-il des mécanismes financiers innovants pour amortir ce choc ?
Je pense qu’il est important de sortir de ce piège binaire qui consisterait à dire que soit l’État est ruiné, soit le panier de la ménagère est asphyxié. Grâce à la Caisse de Stabilisation des Prix des Hydrocarbures (CSPH), le Cameroun arrive tant bien que mal à maintenir des prix équilibrés, abordables et acceptables pour les citoyens. Nous avons déjà vécu la crise entre l’Iran et les États-Unis dans le détroit d’Hormuz sans pour autant connaître de pénuries à la pompe.
Aujourd’hui, différents mécanismes sont proposés. Je pense notamment à ce market sounding initié par la Sonara et le gouvernement camerounais pour présenter aux investisseurs et aux partenaires techniques et financiers internationaux le travail qui est en train d’être abattu. Des réformes ont été prises pour redonner à la Sonara une visibilité et une crédibilité auprès de ses différents partenaires.
La solution préconisée par l’État repose désormais sur un partenariat public-privé (PPP), dans lequel le partenaire privé et l’État partagent les risques et déploient des dispositions communes pour améliorer la transparence du fonctionnement de la Sonara. Nous pensons que cette initiative est porteuse et louable, car l’État ne chemine pas seul : il fait appel à l’expertise du secteur privé.
(Interview retranscrit par Forum libre)
