TRANSPORT ROUTIER DU CAMEROUN :
El Hadj Oumarou hausse le ton contre le « transport pour compte propre »

La tension était palpable, ce mercredi 5 août 2026, lors de la réunion de restitution des résolutions issues des concertations de haut niveau, menées conjointement par le bureau national du Syndicat National des Transporteurs Routiers du Cameroun (SNTRC), la plateforme des organisations socioprofessionnelles des transports routiers et le gouvernement.
Par Prince Aristide NGUEUKAM
Prenant la parole à la suite des Interventions de plusieurs leaders syndicaux, El Hadj Oumarou, coordonnateur général du Bureau de Gestion du Fret Terrestre (BGFT), a livré une charge au vitriol sur un sujet brûlant : la problématique du transport pour compte propre.
C’est sans langue de bois que le patron du BGFT a remis au centre des débats ce qu’il qualifie de menace existentielle pour les transporteurs indépendants.

Une profession sous menace d’extinction
Au cœur de son indignation figure la décision du ministère des Transports, datée du 16 juillet dernier, d’accorder une licence d’exploitation à la multinationale Guinness pour assurer son propre transport.
Une décision perçue comme un coup de canif porté aux engagements pris lors de la concertation gouvernementale du 16 juin.
« Si demain Total emboîte le pas à Guinness et demande sa licence pour faire son propre transport, qu’allons-nous faire de nos camions ? », s’est-il insurgé devant une assistance captive.
Pour El Hadj Oumarou, accorder aux grands donneurs d’ordres (agroalimentaires ou pétroliers) le droit d’internaliser leur logistique revient à condamner à la faillite des milliers de PME locales et à priver de nombreuses familles de leurs moyens de subsistance.
Le syndicalisme à l’épreuve du courage
L’intervenant n’a pas manqué d’interpeller ses confrères syndicalistes, dénonçant un climat de peur et de complaisance face aux multinationales. Selon lui, la craint des représailles commerciales — comme la rupture de contrats par des géants comme Total — paralyse la défense des intérêts corporatifs et pousse certains dirigeants à se réfugier dans un « théâtre d’apparences ».
Revenant sur les combats historiques menés pour préserver le marché du fret aux acteurs nationaux, il a appelé l’assistance à cesser de se cacher derrière des discours convenus alors que le secteur est en train de s’effondrer.

L’urgence économique primant sur la politique
Membre titulaire du Comité central du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), El Hadj Oumarou a tenu à clarifier sa démarche. S’il ne renie pas son appartenance au parti au pouvoir, il refuse d’observer le silence face à ce qu’il considère comme une injustice flagrante envers la profession. « Si cette profession meurt, je vais encore faire quoi avec mon RDPC ? », a-t-il asséné, rappelant que la sauvegarde des entreprises locales, de leurs emplois et de leur contribution fiscale doit primer sur toute autre considération.
Sortir des faux débats sur le Bgft
Enfin, le coordonnateur général a balayé les critiques adressées au BGFT, estimant qu’elles servent de bouc émissaire pour détourner l’attention des vrais enjeux. Selon lui, focaliser les tensions sur le BGFT empêche de voir la dérégulation rampante du secteur causée par la prolifération des autorisations de transport pour compte propre.
En concluant son intervention, El Hadj Oumarou a appelé l’ensemble des acteurs de la plateforme socioprofessionnelle à faire preuve d’une fermeté exemplaire pour obtenir du gouvernement le retrait de ces licences d’exception et garantissant ainsi la pérennité du métier de transporteur au Cameroun.
