16 JUILLET 2004 – 16 JUILLET 2026 :
22 ANS QUE LE NATIONALISTE JEAN MBOUENDÉ S’EN EST ALLÉ, MAIS REVIT PLUS QUE JAMAIS DANS LES CŒURS

Retour sur le portrait d’un patriarche décédé à 114 ans, pionnier du développement du département du Haut-Nkam et symbole d’une lutte nationaliste pacifique à travers trois siècles et deux millénaires dont l’héritage est immortel.
PORTRAIT DE JEAN MBOUENDÉ
Nationaliste intrépide, bâtisseur et premier maire élu de Bafang.
Une date, deux événements :
* 16 juillet 1965 – 16 juillet 2026 : 61 ans que le premier maire élu de la commune de plein exercice de Bafang, en exercice, subissait les premières persécutions post-coloniales pour avoir osé mettre en avant le développement de sa commune et dit non au détournement des fonds publics.
* 16 juillet 2004 – 16 juillet 2026 : 22 ans que le nationaliste s’en est allé, mais revit plus que jamais dans les cœurs. La pensée et la prière pour son repos paisible dans les Vignes Célestes sont l’abreuvoir qui pourrait mieux abreuver sa mémoire en vue d’aiguiller la postérité en ce jour !
« Aux grands hommes, la nation reconnaissante. À ce titre, les fils du Haut–Nkam t’ont élevé un monument qui se dresse à l’entrée de ta concession familiale à Banka, à un jet de pierre de la cathédrale du diocèse de Bafang. Les valeurs que tu as défendues tout au long de ta vie et pour lesquelles tu as payé de ta chair et de ton esprit un lourd tribut » ont, selon le témoignage du ministre Marcel Yondo devant ta dépouille, « débordé le niveau départemental, régional, voire national » et, précisait-il, « interpellent toute l’humanité ». Sa formule finale fut dense de signification sur la dimension de l’œuvre du nationaliste que tu as immensément incarné : « tu mérites une place au panthéon des valeurs de ce pays ».
Il est donc important, mieux, utile de faire revivre son parcours dans la mémoire collective de ceux-là mêmes qui l’ont connu, et dans l’imaginaire de ceux qui ne l’ont pas connu, et surtout des jeunes générations en mal de repères.
Origines et construction d’une vision intégrationniste
Mbouendé est né à Badoumven dans le groupement Banka à l’Ouest du Cameroun au crépuscule des années 1890, d’une famille paysanne.
Non scolarisé, ayant fait moins de trois jours à l’école allemande au début du 20ème siècle, il commence sa vie active en 1920 comme garçon de maison à Dibombari dans l’actuelle région du Littoral-Cameroun avant d’être recruté en qualité de vendeur-assistant en 1921 à la R.W-King à Douala.
Devenu chauffeur chez le même employeur en 1926, il contracte son premier mariage la même année avec Marie Eboutou, originaire de Sangmélima dans le sud du Cameroun, affirmant très tôt et à une époque où cela était inconcevable, son refus net du repli identitaire hélas encore tenace dans ce pays. Il pose ainsi dès son jeune âge sa vision intégrationniste de la vie à l’intérieur d’une nation. Le mariage religieux a lieu à l’église catholique de Vimli à Mbalmayo en janvier 1927 et c’est à cette occasion que le prénom de Jean lui est attribué.
L’élan entrepreneurial et l’engagement agropastoral
Ayant déjà étroitement fait sienne l’idée du bien-être et de la qualité de vie, il construit en 1928 la première maison moderne dans ce qui était alors la subdivision de Bafang.
Répondant à l’appel de la terre, il retourne au bercail, à bord de sa voiture — la première de la localité — pour créer en 1934 à Kwétchi dans le groupement Banka, la première plantation de café robusta de sa subdivision.
En 1935, il est nommé assesseur au tribunal de consultation de Bafang avant de quitter rapidement le poste pour être en harmonie avec ses convictions. Il est élu la même année à la vice-présidence de la coopérative des planteurs de cette subdivision. Il se signale alors par ses prises de position courageuses et osées contre les injustices des colons blancs et de leurs comparses africains, qui à l’époque n’accordaient l’exclusivité de la culture du café qu’à leurs suppôts (notables, chefs traditionnels, etc.).
Toujours en 1935, guidé par son éternelle soif d’expansion et son flirt ardu pour l’activité agropastorale et l’élevage des bovins, il crée la première entreprise s’y rapportant dans la subdivision. Il n’avait pas que le bon sens paysan. Celui-ci s’enrichissait du caractère d’un citoyen futé déjà acquis au sens économique de la division des risques. Ainsi, il développe aussi une activité commerciale (kola) et de transport en direction de la région septentrionale du Cameroun, créant au passage une aire de repos constituée d’un boulevard de manguiers à Tibati.
L’émergence syndicale et politique sous la colonisation
En mars 1946, encouragé par Charles Assalé, il crée le premier mouvement syndical en pays bamiléké, le SPP (Syndicat des Petits Planteurs) à Bafang qu’il affilie à l’Union des Syndicats Confédérés du Cameroun (USCC) de Gaston Donnat.
De cette tribune, il élève le ton et connaît ses premiers ennuis qui culminent avec son internement préventif à la prison centrale de Bafang du 1er septembre 1947 au 15 avril 1948. C’est d’ailleurs maître Blond, avocat venu de Paris et commis par la CGT (Confédération Générale du Travail) qui obtient son acquittement pur et simple.
Frappé par son dynamisme syndical, Ruben Um Nyobé l’encourage à créer le premier comité central de l’Union des Populations du Cameroun (UPC) à Bafang juste après la légalisation du parti en juin 1948 par la mutation des structures syndicales existantes en structures politiques.
Il devient rapidement la cible focale du pouvoir colonial qui en mai 1955, organise le pillage et la destruction systématique de ses biens. Il ne doit la vie sauve qu’en se réfugiant durant cinq ans dans le « maquis » de ses exploitations agricoles à Kambo (Kékem) où il réussit à se creuser un lit à l’intérieur d’un tronc d’arbre (baobab). Ses détracteurs iront jusqu’à dire au pouvoir colonial, qui le recherchait mort ou vif, que chaque fois qu’on réussit à l’apercevoir, il se transforme en plant de café.
C’est pour cette raison que le 15 mai 1959, l’administration coloniale réquisitionne huit camions remplis de militaires pour venir abattre les plants de café aux coupe-coupes parce qu’elle était persuadée qu’en les abattant, mystiquement, elle réussirait à l’abattre. L’essai est vain. Ses épouses sont alors arrêtées et expédiées dans un camp de concentration à Maroua Salack, et c’est grâce à Michel Njiné, vice-premier ministre à l’époque, qu’elles sont relâchées sept mois après.
Sa tête est mise à prix et toute consonance phonétique proche de son nom est abattue. L’unité administrative de Kékem voit le jour parce qu’on traque Jean Mbouendé. Pour contrôler la zone et débusquer ce « maquisard », l’administration coloniale y crée un poste de commandement militaire fortifié qui donnera naissance à l’unité administrative.
Pour mener à bien cette traque, les autorités coloniales font appel à un commissaire de police d’origine algérienne (l’Algérie étant alors un département français). Ce dernier a pour mission spécifique d’espionner et de capturer Jean Mbouendé. Pour loger ce commissaire et symboliser la présence de l’État colonial, la toute première maison en matériaux définitifs (briques et tôle) de la localité est construite. Elle servira à la fois de résidence de surveillance et de poste de commandement. Sa mission est vaine.

Pacification, Réunification et Premier Magistrat de Bafang
C’est assurément de sa volonté de donner goût, joie de vivre et saine émulation aux populations de Bafang qu’il tire le ressort pour créer en 1952 le Tortue Football Club dont la fusion ultérieure avec Jupiter FC et Génie FC donnera naissance à l’Unisport, club mythique du département du Haut-Nkam.
Il sort de sa cachette en mai 1960 après l’indépendance du Cameroun français et suite à la loi d’amnistie générale et inconditionnelle proclamée par le pouvoir, et est reçu par le président Ahmadou Ahidjo à Yaoundé le 1er juin 1960. Celui-ci, pour mémoire, avait, sans effet, envoyé 300 soldats de la communauté française à Bafang pour ramener les gens en ville. Les populations restées terrées dans leur cachette n’attendaient le mot d’ordre que de Jean Mbouendé.
Le président lui confie donc cette mission de pacification de la subdivision de Bafang, plus tard département du Haut-Nkam, qui depuis 1956 était ravagé par une vague d’actes terroristes entretenus par le pouvoir colonial pour diaboliser l’UPC et ses leaders. Le travail est excellemment fait. Sans violence et usant de son entregent exceptionnel, il réussira là où les armes de la soldatesque ont échoué.
Toujours en 1960, répondant à l’appel de John Ngu Fontcha, il participe à la campagne pour la réunification des deux Cameroun (Occidental et Oriental). 700 000 francs CFA (Sept cent mille francs CFA) sont collectés par ses soins dans l’arrondissement de Bafang (devenu une année plus tard département du Haut-Nkam) et remis à Fontcha à cette fin.
Il est élu premier maire de la commune de plein exercice de Bafang en avril 1961, dénouement logique d’un parcours conquérant. Aujourd’hui encore, cette ville lui doit son visage urbanisé. Son ossature routière et le choix des sites de ses principales infrastructures sont l’émanation du génie propre de Jean Mbouendé.
L’épreuve de la cabale et le supplice de la balançoire
Le 16 juillet 1965 marque le début de sa descente aux enfers pour un travail pourtant excellemment fait ! De ses démêlés avec le préfet de l’époque, Obam Mfou’ou Jérémie, du fait de son refus de compromission à diverses échelles dans la conduite des affaires communales, naît sa mise à l’index comme agitateur et coupable d’actes attentatoires à la sécurité de l’État.
C’est sur ce fond de fausses accusations aggravées d’affabulations politico-administratives aussi grossières et mensongères les unes que les autres qu’il a eu à réaliser, de 1965 à 1970, son original parcours de combattant dans les geôles et pénitenciers alors les plus cyniques du territoire : BMM (Brigade Mixte Mobile) de Manengouba, Douala, Yaoundé et Centre de Rééducation Civique de Mantoum. Il a connu, suprême humiliation, le supplice de la balançoire à la BMM de Manengouba qu’il décrit dans son autobiographie avec une précision révoltante.
En effet, lors de son élection en avril 1961, le Cameroun ne comptait que 5 communes de plein exercice : Yaoundé, Douala, Nkongsamba, Bafoussam et Bafang. C’étaient des communes autonomes dotées d’un conseil municipal élu et d’un maire élu en son sein, contrairement aux communes de moyen exercice où le maire était nommé. Elles disposaient d’une plus grande autonomie administrative et financière, servant de modèle urbain avancé.
Jean Mbouendé veut profiter de ce mandat pour réaliser le troisième objectif de l’UPC, à savoir élever le standard de vie de ses compatriotes. Mais il y a un clou dans sa chaussure : le premier préfet du Haut-Nkam, Obam Mfou’ou Jérémie, va chercher vainement à composer avec le maire pour distraire les fonds de la commune. Face à la résistance farouche de Jean Mbouendé, qui lui signifie clairement que le budget communal a des objectifs sociaux prioritaires, le préfet va lui mettre des bâtons dans les roues. Il va jusqu’à obtenir la démission collective forcée de 25 conseillers municipaux, à l’exception de deux qui ont le courage de dire non : Nankam Célestin et Koumassi Martin.
Yaoundé s’en étonne car la commune de Bafang fonctionne bien. C’est pourquoi Mohaman Lamine, secrétaire d’État chargé des affaires communales, se déplace à Bafang pour s’enquérir de la situation. Ce sont ces deux conseillers résistants qui lui expliquent qu’ils ont refusé de signer cette lettre de démission initiée par le préfet et envoyée nuitamment chez eux. Le préfet multiplie alors les forfaits contre le maire, sans succès.
Le président Ahidjo, mis au courant de la situation, affecte le préfet à Douala comme secrétaire d’inspection fédérale d’administration — une sorte de promotion au rabais qui le choque. Depuis Douala, et avec la complicité de son frère cadet Mfou’ou Nvondo qui y exerce comme commissaire, ils ourdissent un complot contre Jean Mbouendé. Ils l’accusent faussement d’avoir remis la somme de 1 200 000 FCFA à Ernest Ouandié pour financer le terrorisme, alors qu’il s’agissait en réalité d’un prêt agricole régulièrement obtenu auprès de la Banque Camerounaise de Développement (BCD) à Dschang en deux tranches.
Le 16 juillet 1965 au soir, le maire est conduit manu-militari à la BMM de Manengouba et est soumis à l’épreuve de la balançoire.
« La balançoire était un instrument de torture particulièrement redouté. On vous y accrochait nu, pieds et poings liés. Le respect de la pudeur se limitait au slip que vous gardiez. De part et d’autre de la balançoire, et à distance idoine, deux gendarmes baraqués se renvoyaient violemment le corps flottant du supplicié. Pris dans le tourbillon de la nasse étoilée que la vitesse du mouvement offrait à sa vue, ce dernier n’avait plus qu’à dire ce qu’on voulait qu’il dise : c’était cynique ». (Dixit Jean Mbouendé).
Quand le commissaire enjoint Jean Mbouendé de grimper sur la balançoire, ce dernier lui dit merci en sachant à quel supplice il va faire face. Soumis à cette effroyable épreuve, Jean Mbouendé implore le Seigneur : « Je meurs pour m’être battu pour l’indépendance de mon pays, je meurs pour avoir obtenu régulièrement un prêt de 1 200 000 FCFA à la BCD de Dschang, oh Seigneur, ne m’abandonne pas… »
À peine avait-il fini de prononcer ces paroles que, comme par miracle, les cordes de la balançoire se coupent aussitôt. Ses geôliers, dont Sitcheu Maurice et Mbarga Mintsa (venu en renfort depuis Douala), prennent peur devant l’évidence et décident de le libérer de l’appareil pour adopter un traitement plus doux. Ils lui demandent de se rhabiller et le ramènent à la gendarmerie mobile, puis à la BMM de Douala et Yaoundé où il passera 6 mois.
Le dossier étant manifestement vide, au lieu de le libérer, l’administration met un hélicoptère à sa disposition pour le conduire sans jugement au Centre de Rééducation Civique de Mantoum, où il passera 4 ans et demi sous le fallacieux motif de vouloir « le protéger pour qu’on n’attente pas à sa vie ».
En juillet 1970, toujours dans le cadre de l’affaire Ouandié, il est à nouveau arrêté et conduit au camp militaire de Bamougoum puis à la BMM de Yaoundé où il est soumis au choc électrique. Il est finalement libéré le 31 décembre 1970, faute de charges.
Le retour au pluralisme et un héritage académique international
À la faveur du retour au pluralisme apporté par le vent de l’Est, il quitte le parti unique (RDPC) pour rejoindre l’UPC après sa relégalisation en février 1991. Il est alors porté à la dignité de président d’honneur du parti.
En juillet 1991, un commando l’enlève au col de Batié alors qu’il partait en mission à Bafoussam pour réconcilier certaines tendances antagonistes de l’UPC. Il est battu à mort avec ses compagnons avant d’être libéré quelques jours plus tard sous la pression populaire. Chaque fois qu’il a été arrêté dans sa vie, les enquêtes n’ont jamais permis de retenir la moindre charge contre lui.
Le 10 août 2000, il publie son autobiographie intitulée « POUR LA PATRIE, CONTRE L’ARBITRAIRE ». L’écrivain et patriarche Douala, Léopold Moumée Étia, dira de cette œuvre : « Ce livre servira à coup sûr aux chercheurs du futur comme miroir de ce qu’tétait : la honte de la colonisation ». Cette autobiographie est aujourd’hui largement référencée et utilisée comme source historique de premier plan dans les universités camerounaises et internationales.
Exemples concrets de référencement universitaire :
* À l’Université de Dschang (Cameroun) : Le livre est la source centrale de travaux académiques, comme le mémoire de Master en histoire de Yannick Gaetan Momeni (2016) intitulé « Jean Mbouende : Vies politiques (1946-1996) ».
* À l’Université de Douala (Cameroun) : Il est cité dans des recherches portant sur l’histoire locale de l’Ouest-Cameroun, notamment le mémoire de Démonster-Ferdinand Kouekam (2016) sur « Les troubles sociopolitiques et violences dans la localité de Bafang (1946-1971) ».
* À l’Université de Yaoundé I (Cameroun) : L’ouvrage est systématiquement intégré aux bibliographies des recherches menées sous la direction de grands professeurs d’histoire (comme le Pr. Jean Koufan Menkene) portant sur le nationalisme ou les figures de l’insurrection.
* Dans les universités françaises et européennes : Le livre fait partie de la bibliographie officielle de thèses de doctorat (comme celle de l’Université de Lorraine en 2023) ainsi que d’ouvrages scientifiques majeurs disponibles sur la plateforme Cairn.info.
Pourquoi cet ouvrage est-il scientifiquement validé ?
Les historiens s’appuient sur ce livre car il offre un témoignage direct et précieux sur des événements clés :
* La création du premier comité central de l’UPC au Cameroun (Bafang) en juin 1948.
* Le fonctionnement interne du nationalisme et les relations avec Ruben Um Nyobé.
* L’arbitraire du régime post-colonial, décrivant de l’intérieur l’enfer du Centre de Rééducation Civique de Mantoum.
Il est important de noter que Jean Mbouendé appartenait à l’aile modérée de l’UPC et n’a jamais fait partie d’une faction armée du mouvement (CNO, SNDK, ALNK). Privilégiant la lutte politique, il a mobilisé les troupes et initié des pétitions à l’ONU. C’est d’ailleurs lui qui, pour le compte du comité central de Bafang, remet la somme de 4 000 000 de francs métropolitains à Ruben Um Nyobé pour son premier voyage aux Nations Unies en 1952.
Plusieurs fois sacré meilleur planteur et éleveur du Haut-Nkam, il a bénéficié de prestigieuses distinctions :
* Mérite Camerounais de deuxième classe en 1960 ;
* Chevalier de l’Ordre de la Valeur Camerounaise en 1965 ;
* Officier de l’Ordre de la Valeur Camerounaise en 1986.
Le journaliste Guy Roger Éba’a conclura lors de l’émission de la CRTV « LES FIGURES DE L’HISTOIRE » : « Jean Mbouendé a aimé le Cameroun… et ils ne sont pas nombreux aujourd’hui les Camerounais qui sont prêts à tout perdre pour leur pays… ».
Derniers instants d’un sage centenaire
Au soir de sa vie, à l’image de l’apôtre Paul à Timothée (« J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi »), le patriarche se confiait à l’équipe du magazine Le Nzingu venue l’interviewer une semaine avant sa mort. À la question : « Au soir de votre vie, avez-vous peur de la mort ? », il répliqua : « Non, je suis prêt. Je suis même impatient, mais comme cela ne dépend pas de moi… Beaucoup de gens dans le cours de ma vie ont cherché à me liquider sans y parvenir. À l’heure de Dieu, quelle appréhension voulez-vous que je cultive encore ? Non mes enfants, je suis serein, d’autant plus qu’au fur et à mesure où l’heure approche, comme un seul homme, mes enfants accourent vers moi pour me soutenir. Vous avez vu un monument en construction à l’entrée de chez moi. C’est des jeunes comme vous (Cercle des Élites Intérieures du Haut-Nkam) qui l’érigent. C’est sans doute ma dernière distinction honorifique et je suis heureux qu’elle me soit offerte en ultime hommage par des jeunes. Aujourd’hui, c’est vous du « Nzingu » qui me rendez visite : que demander de plus à Dieu ? Je tire ma révérence dans une très grande tranquillité d’esprit. Le moral est au beau fixe. Dieu m’a beaucoup aimé ».
Parole d’un homme à part, qui a tenu à apposer ses dernières signatures sur toutes les invitations adressées à ses hôtes pour le 7 août 2004, les accompagnant d’une branche d’arbre de paix en guise de réconciliation universelle. « Ouvrez tous les volets de la chambre, y compris de la salle de bain…»
Ces dernières paroles, Jean Mbouendé les prononce dans son lit, à son domicile, l’après-midi du 16 juillet 2004. La veille, de son lit d’hôpital, il avait exigé d’être ramené chez lui : « pour pas plus de 48 heures », avait-il précisé pour rassurer ses enfants.
Les intimes savaient que cette exigence était prémonitoire et visait à accomplir sa propre prophétie : « Je mourrai chez moi et sur mon lit. Je souhaite que Dieu me donne cette grâce ». Cette grâce, Jean Mbouendé l’a obtenue le vendredi 16 juillet 2004 à 18 heures précises, dans la sérénité la plus totale.
Ses derniers instants se sont déroulés ainsi, alors qu’il était crédité de 114 ans. Il aura traversé trois siècles et deux millénaires.
