DÉMISSION DE MAURICE KAMTO À LA PRÉSIDENCE DU MRC : Le parti sous la menace d’un imbroglio juridique

Maurice Kamto, Militant et ancien président du MRC

Après l’annonce des démissions combinées, le 8 septembre 2026, du président national du MRC Maurice Kamto et de son premier vice-président Mamadou Mota, le parti a convoqué une Convention extraordinaire le 10 octobre prochain pour l’élection du nouveau directoire. Mais cette transition suscite déjà de vives réserves juridiques : d’anciens cadres comme Joseph Okala Ebode pointent plusieurs non-conformités avec les statuts de l’organisation. Dès lors, s’achemine-t-on vers un nouveau contentieux susceptible de fragiliser la participation du MRC aux futures échéances électorales ?

Par Prince Aristide NGUEUKAM 

Le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) traverse la plus grave crise institutionnelle de son histoire. Par un communiqué officiel rendu public le 8 septembre 2026, le Directoire de la principale formation politique d’opposition a pris acte de la démission de son président national, le Professeur Maurice Kamto, ainsi que de celle de son premier vice-président, Mamadou Yacouba (mieux connu sous le nom de Mamadou Mota).

secrétaire général adjoint numéro un et secrétaire national à la communication par intérim, du MRC

Signé par Roger Justin Noah, secrétaire général adjoint numéro un et secrétaire national à la communication par intérim, le document convoque une Convention nationale extraordinaire pour le 10 octobre 2026 au siège national à Yaoundé, assortie d’un appel à candidatures dont la date limite est fixée au 9 octobre à 10 heures. Cette annonce choc a immédiatement provoqué une levée de boucliers, portée par Joseph Okala Ebode. L’ancien membre du Directoire, exclu du parti en novembre 2025, passe au criblage juridique les décisions du secrétariat général dans une charge au vitriol intitulée « Le droit ne se pratique pas à la carte ».

Analyse croisée : Le communiqué officiel face aux objections statutaires

Au sujet de la démission de la présidence du MRC par Maurice Kamto, le communiqué officiel du parti prend acte des départs du professeur Kamto et de Mamadou Yacouba, tout en saluant les services rendus et les sacrifices consentis. De son côté, Joseph Okala Ebode dénonce une simple prise d’acte insuffisante. Il rappelle que l’article 68 du règlement intérieur de 2023 impose que la démission soit formellement constatée à la majorité des quatre cinquièmes des membres du Directoire, une exigence dont le communiqué ne précise ni le quorum, ni la composition de l’instance, ni le résultat du vote.

S’agissant du calendrier de la Convention, le Directoire annonce la convocation de la rencontre extraordinaire pour le 10 octobre 2026 à Yaoundé et fixe la clôture du dépôt des candidatures au 9 octobre à 10 heures. Joseph Okala Ebode conteste radicalement ce calendrier en s’appuyant sur l’article 32 des statuts, qui exige le dépôt des listes au moins trente jours avant l’échéance, soit le 10 septembre au plus tard. Fixer la date limite à la veille du scrutin constitue selon lui une violation frontale des textes.

Concernant le mode de scrutin, le secrétariat général lance un appel à candidatures présenté de manière ouverte pour le renouvellement des instances. Joseph Okala Ebode souligne une déviation statutaire majeure en rappelant que les articles 28 et 30 imposent une élection au scrutin de liste globale, englobant le président national, les vice-présidents, le secrétaire général et le trésorier national, et non l’enregistrement de candidatures individuelles isolées.

Okala Ebode

Pour ce qui est de la qualité du signataire du communiqué officiel, l’acte de convocation est signé par Roger Justin Noah en sa double qualité de SGA 1 et de responsable de la communication par intérim. L’ancien cadre exclu met en avant une irrégularité juridique, notant l’absence de toute mention d’une délégation de pouvoir formelle accordée par le secrétaire général pour engager une démarche d’une telle importance institutionnelle.

Enfin, au sujet du statut de la transition et de la gouvernance intérimaire, le communiqué installe un calendrier sans apporter de précisions explicites sur la direction temporaire du parti. Joseph Okala Ebode pointe le flou juridique entourant la situation de Tiriane Noah. Il rappelle que les statuts de 2023 ne prévoient aucune accession automatique d’un vice-président à la présidence nationale, rendant sa position contestable si le parti entend se prévaloir d’un retour strict à la légalité de 2023.

La doctrine Kelsen invoquée : Vers la nullité des actes antérieurs ?

Au-delà des vices de forme entourant la convocation de la future Convention, le cœur de la critique de Joseph Okala Ebode repose sur le principe de hiérarchie des normes théorisé par Hans Kelsen, selon lequel un acte ne présente une valeur normative que s’il est accompli conformément à une norme supérieure.

Selon cette grille de lecture, le départ de Maurice Kamto ne saurait réparer rétroactivement les irrégularités statutaires accumulées depuis le flou jurisprudentiel s’étendant entre les textes de 2023 et la Convention en ligne contestée de décembre 2025. Pour l’ancien cadre exclu, toutes les décisions découlant d’autorités dépourvues de base légale — notamment l’intérim de Mamadou Mota, les réaménagements d’instances, les nominations et les exclusions prononcées par le Conseil National de Médiation et d’Arbitrage — restent frappées d’une nullité absolue.

Alors que les recours devant les juridictions républicaines se poursuivent, le MRC s’engage dans un sprint de trente jours particulièrement risqué. Entre la volonté de tourner la page via les urnes le 10 octobre et une guerre d’usure juridique en interne, le parti d’opposition fait face au plus grand défi de sa refondation.