Assemblées annuelles de la BAD 2026 :

Ce qui a été décidé à Brazzaville

Le Président de la BAD, Sidi OULD TAH, et le président des conseils des gouverneurs, Ludovic Ngatse, lors la réunion du bureau du conseil des gouverneurs à Brazzaville

Financements climatiques records, réformes de gouvernance au pas de charge sous l’impulsion du nouveau président de la BAD Sidi Ould Tah, et bras de fer géopolitique : les Assemblées annuelles de la BAD 2026 n’ont pas manqué de relief. Accueillie du 25 au 29 mai 2026 par le président Denis Sassou-N’Guesso et présidée par le ministre congolais de l’Économie Ludovic Ngatsé, l’institution financière panafricaine accélère sa mue à Brazzaville pour blinder la résilience des économies africaines. Décryptage des arbitrages clés qui vont reconfigurer le paysage du développement.

C’est un rendez-vous charnière qui s’est tenu au Centre international de conférence de Kintélé à Brazzaville. Réunis autour du thème hautement stratégique « Mobiliser des ressources à grande échelle pour le financement du développement de l’Afrique dans un monde fragmenté », les Gouverneurs de la Banque africaine de développement (BAD) et du Fonds africain de développement (FAD) ont acté des réformes profondes. Si le sommet a été marqué par de solides performances opérationnelles et financières, il s’est également déroulé dans un contexte de tensions internationales. Ce climat a été illustré par l’opposition politique des États-Unis d’Amérique à l’adoption du communiqué final, traduisant des divergences face à leurs priorités nationales.
Voici l’analyse détaillée des résolutions, réformes et arbitrages majeurs adoptés lors de ces assemblées historiques.

Une assise financière historique pour le FAD-17 et les capitaux privés

L’un des plus grands succès de ces Assemblées réside dans la validation des résultats de la Dix-septième reconstitution du Fonds africain de développement (FAD-17). Les annonces de contributions globales ont atteint le montant remarquable d’environ 11 milliards de dollars des États-Unis. Pour la première fois, l’effort interne du continent a été massivement souligné avec 182 millions de dollars promis par 24 pays africains. Parmi ces contributeurs, 20 s’engageaient pour la toute première fois à soutenir la reconstitution du FAD, marquant un pas de géant vers l’appropriation du développement régional. Les gouverneurs ont d’ailleurs appelé les États n’ayant pas encore ratifié les amendements à l’Accord du FAD à le faire sans délai pour optimiser cette mobilisation.
En parallèle, le leadership de la Banque a salué l’organisation d’une journée dédiée à Londres visant à corriger la « prime de risque en Afrique ». L’objectif est de déployer des instruments novateurs de partage des risques pour attirer à grande échelle l’épargne institutionnelle et privée internationale sur l’ensemble du continent.

Photos de famille après la cérémonie du lancement officiel de l’Assemblée annuelle de la BAD 2026 à Brazzaville

Plébiscites et accélération des réformes du Dr Sidi Ould Tah

Le sommet de Brazzaville a marqué la validation politique forte des réformes institutionnelles de grande envergure portées par le Dr Sidi Ould Tah depuis sa prise de fonctions en tant que 9ᵉ Président du Groupe de la Banque. Les Gouverneurs ont formellement soutenu ses nouvelles orientations stratégiques, désormais ancrées dans la Stratégie décennale (2024-2033) qui sert de pivot opérationnel à l’institution.
Ces réformes s’articulent autour des Quatre points cardinaux : la mobilisation accrue d’investissements, le renforcement de la souveraineté financière, la transformation de la démographie en un dividende et le développement d’infrastructures ainsi que de chaînes de valeur résilientes. La mise en œuvre rapide de la Nouvelle architecture financière africaine pour le développement (NAFAD) a été décrétée à ce titre comme une priorité structurante absolue. Pour garantir le succès de ces ambitions sur les marchés mondiaux, la Direction a été exhortée à maintenir rigoureusement le profil de crédit intrinsèque de la Banque noté AAA auprès de toutes les agences de notation de référence.

Le virage de l’énergie et l’atteinte des objectifs climatiques

Dans un monde sous le choc des fragmentations géopolitiques, notamment le conflit au Moyen-Orient qui pèse sur les prix de l’énergie, des denrées alimentaires et des engrais, la BAD se positionne en bouclier climatique et énergétique. L’engagement historique de la Banque d’allouer 25 milliards de dollars au financement climatique en faveur des pays membres régionaux (PMR) a été officiellement concrétisé.
Sur le plan de l’accès à l’électricité, les gouverneurs ont salué les progrès de l’initiative « Mission 300 », menée conjointement avec la Banque mondiale, qui vise à raccorder 300 millions de personnes en Afrique d’ici 2030. La BAD s’est engagée à maintenir une trajectoire soutenue pour honorer sa cible propre de 50 millions de personnes raccordées, tout en amplifiant de manière significative son soutien aux solutions de cuisson propre.

Réforme de la gouvernance et souveraineté des pays africains

Brazzaville aura également été le théâtre de réformes techniques majeures destinées à moderniser le fonctionnement interne de l’institution. Les Gouverneurs ont officiellement adopté une réforme de la gouvernance du FAD en deux phases, basée sur le rapport du Comité ad hoc, visant à accroître directement la voix et la contribution des pays membres régionaux.
De plus, de nouvelles règles de transfert d’actions de la BAD ont été approuvées pour assurer une meilleure prévisibilité, s’harmoniser avec les cycles budgétaires nationaux et réduire le risque de perte d’actions allouées ou non allouées. Enfin, sur le plan de la transparence, un Groupe de travail de haut niveau a été mis en place pour appliquer les recommandations issues de la revue holistique de l’indépendance des principales fonctions de supervision, de conformité et de responsabilisation.

Tolérance zéro, parité et exigences sociales

L’efficacité financière de la BAD s’accompagne désormais d’exigences éthiques et sociales renforcées. Les Gouverneurs ont réaffirmé une politique de tolérance zéro absolue à l’égard des violences basées sur le genre (VBG), de l’exploitation, des abus et du harcèlement sexuels sur l’ensemble des projets financés par le Groupe de la Banque. Face aux conflits prolongés sur le continent, la Banque insiste également sur la participation des femmes dans la prévention et la résolution des crises, conformément à la Résolution 1325 du Conseil de sécurité de l’ONU.
L’institution accentuera par ailleurs son appui de concert avec ses partenaires auprès des PMR sur les questions de stabilité macroéconomique, de soutenabilité de la dette, de réformes de la fiscalité, de lutte contre la corruption et de transparence des données.

Un bilan financier robuste pour l’exercice écoulé

En marge de ces grandes décisions politiques, les Conseils d’administration ont félicité le personnel pour la solide performance opérationnelle et financière enregistrée en 2025. L’institution a affiché environ 8 milliards d’Unités de Compte (UC) d’approbations de projets et 5,2 milliards d’UC de décaissements effectifs, permettant de soutenir 50 pays membres régionaux à travers 200 projets.
Malgré ces succès, les Gouverneurs restent lucides : ils ont formellement invité la Direction à accentuer la sélectivité à l’entrée et à renforcer les capacités de mise en œuvre sur le terrain pour corriger les défis persistants de qualité d’exécution et d’efficacité opérationnelle. L’Afrique quitte Brazzaville plus unie, dotée d’une architecture financière modernisée pour affronter l’avenir.