CRISE DANS LE TRANSPORT ROUTIER:
NÉGOCIATIONS EN COURS À YAOUNDÉ
Le bras de fer entre le gouvernement camerounais et les professionnels du transport routier de marchandises vient de franchir un point de non-retour. La réunion de négociation de la dernière chance, convoquée en urgence ce dimanche 23 août 2026 à Yaoundé par le ministre des Transports, Jean Ernest Masséna Ngalle Bibehe, a tourné au fiasco. Face à l’intransigeance des acteurs du secteur et à un dialogue de sourds sur la composition des délégations, la plateforme des organisations socioprofessionnelle des transporteurs routiers des marchandises du Cameroun à l’origine du mot d’ordre de grève a quitté la table des négociations. La grève générale demeure entièrement maintenue à compter du lundi 24 août à 00h00, menaçant de paralyser l’économie nationale et l’approvisionnement des pays de la sous-région.
Alors que le président Paul Biya vient de regagner le pays jeudi dernier, le gouvernement tentait d’éviter un blocage majeur du territoire national.

Une tentative d’apaisement tuée dans l’œuf
Par un communiqué radio-presse publié le vendredi 21 août , le ministre des Transports avait convié en urgence les dirigeants syndicaux ce dimanche à 13h00 dans la salle de conférences de son département ministériel. L’importance de l’enjeu s’est traduite par une forte présence gouvernementale : aux côtés de Ngalle Bibehe siégeaient le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, et le ministre du Travail et de la Sécurité Sociale, Grégoire Owona.
Débutée avec une heure de retard à 14h00, la séance d’ouverture a immédiatement déraillé. Dès les prémices des échanges, les responsables de la plateforme syndicale initiatrice du mouvement ont catégoriquement refusé de siéger aux côtés d’organisations syndicales dissidentes qui affirmaient ne pas partager leurs griefs. Devant ce qu’ils ont perçu comme une manœuvre de dilution de leurs revendications, de violentes altercations verbales ont éclaté dans la salle. Les leaders de la fronde ont alors claqué la porte des négociations.

Malgré l’intervention directe des ministres du Commerce et du Travail, qui sont descendus sur l’esplanade du ministère pour tenter de fléchir la délégation syndicale, plus d’une heure et demie de discussions de couloir n’ont rien changé. Les grévistes ont quitté les lieux, exigeant une concertation exclusive entre leur plateforme représentative et le gouvernement.
Une fronde patronale devenue union sacrée des travailleurs
L’impasse de ce dimanche est le point d’orgue d’une escalade revendicative structurée en deux phases décisives.
Le 5 août 2026, la plateforme des organisations socioprofessionnelles du transport routier adresse un préavis de grève de 14 jours au Premier Ministre. Le patronat dénonce l’inertie de l’État et accuse les powers publics d’asphyxier la profession.
Le 19 août 2026 à Douala, les syndicats de chauffeurs et d’employés apportent leur soutien total au patronat, transformant la fronde corporatiste en un mot d’ordre de grève générale illimitée sur toute l’étendue du territoire national.
Analyse des griefs : un secteur à bout de souffle.
Les transporteurs dénoncent une accumulation de mesures administratives, financières et sécuritaires qu’ils jugent destructrices pour leurs entreprises et leurs conditions de travail.
Ce que le secteur rejette fermement
* Concurrence déloyale : L’octroi jugé abusif de licences de « transport pour compte propre », qui prive les transporteurs agréés d’une grande partie de leur marché.
* Ingérences institutionnelles : L’immixtion du Conseil National des Chargeurs du Cameroun (CNCC) au cœur du Bureau de Gestion du Fret Terrestre (BGFT).
* Tracasseries et péages : Les contrôles répressifs de la prévention routière, la perception des redevances de péage sur des routes dégradées, ainsi que le racket permanent, tout particulièrement accentué dans les zones anglophones.
* Surcharges et pesées : Les procédures de pesée jugées abusives et les amendes arbitraires appliquées aux camions-citernes dès le chargement.
Ce que les syndicats exigent
* Assainissement des contrôles : La limitation stricte des vérifications sur les camions en transit aux seuls check-points conventionnels agréés et la fin du harcèlement routier.
* Droits sociaux : L’application rigoureuse et l’extension de la Convention Collective Nationale des transports routiers à l’ensemble des salariés.
* Infrastructures d’accueil : L’aménagement décent et urgent des conditions d’accueil pour les chauffeurs au niveau des grands hubs logistiques (SCDP, Port autonome de Douala, Port autonome de Kribi).
Vers une asphyxie économique dès lundi
Pendant que le ministre des Transports tente tant bien que mal de poursuivre les échanges dans la salle avec les interlocuteurs restants, la fracture est bel et bien consommée. La plateforme des organisations socio-professionnelles des transporteurs routiers de marchandises du Cameroun vient d’annoncer la tenue d’un point de presse dans les prochaines heures pour officialiser sa position et sceller les modalités du blocage.
Faute d’un accord direct avec les véritables initiateurs du mouvement, le mot d’ordre de grève générale demeure plus que jamais maintenu. Dès minuit, l’arrêt des rotations de camions risque d’isoler le port de Douala, de couper les flux de marchandises vers les régions septentrionales du Cameroun et d’interrompre l’approvisionnement transfrontalier vers le Tchad et la République Centrafricaine, dont le fret dépend quasi exclusivement du réseau routier camerounais.

