GUINÉE ÉQUATORIALE :
Le grand coup de balai de « Teodorin »

À Malabo, le laxisme n’a plus sa carte de cité au sommet de l’État. En imposant un audit international rigoureux sur les chantiers de la future capitale, Ciudad de la Paz, le Vice-Président équato-guinéen a sabré 16 milliards de FCFA sur une facture du géant Sogea-Satom. Une démonstration de fermeté qui bouscule les vieilles habitudes nationales.
Par Prince Aristide NGUEUKAM
Le signal envoyé est un séisme dans le ciel feutré des grands contrats d’infrastructures en Afrique centrale. À la suite d’un audit indépendant commandé par la vice-présidence, la facture initiale du groupe français Sogea-Satom, portant sur des infrastructures névralgiques de Ciudad de la Paz (Djibloho), a fondu de près de moitié, passant de 35 à 19 milliards de FCFA. Les projets ciblés touchent des axes routiers majeurs et des aménagements urbains stratégiques autour du campus de l’Université afro-américaine. Un tour de vis comptable qui met en lumière la persistance de surfacturations chroniques et de contrats historiquement déséquilibrés sur le continent.
Une thérapie de choc contre le laxisme ambiant
Mais au-delà des chiffres, cette opération spectaculaire incarne la méthode « Teodorin ». Le Vice-Président a institué une rigueur de fer dans la gestion quotidienne des dossiers de la République. Ce nouveau paradigme, marqué par une traque systématique des coûts artificiellement gonflés, ne fait pas que des heureux. Dans un pays longtemps habitué à un certain laxisme administratif et à des privilèges ancrés, cette inflexion engendre d’inévitables grincements de dents au sein des cercles d’affaires locaux et d’une partie de la population déboussolée par la fin de l’impunité.
Des contrôles de terrain au service du patriotisme économique
Pourtant, l’homme fort de Malabo n’en démord pas. Propulsé au cœur de la lutte contre la corruption, il ne se contente plus des rapports de bureaux. Ses descentes surprises et répétées sur le terrain, casque de chantier sur la tête, sont devenues sa marque de fabrique pour s’assurer personnellement de la bonne exécution des chantiers.
Chaque milliard économisé sur la cupidité corporative est désormais présenté comme une ressource vitale réinjectée dans les services essentiels : écoles, hôpitaux et accès à l’eau potable. Cette stratégie de la contre-expertise technique et de la renégociation ferme s’impose désormais comme un cas d’école de patriotisme économique, un modèle que de nombreux États africains gagneraient à copier pour préserver durablement leurs finances nationales.
