TAUX EN BAISSE DE 25 POINTS :
L’équation de la BEAC pour doper la CEMAC

Réuni le 29 juin 2026 à Yaoundé dans une conjoncture internationale sous tension, le Comité de Politique Monétaire que préside le gouverneur de la BEAC, Yvon Sana Bangui, a acté un assouplissement d’envergure. Marqué par le recul de 4,75 % à 4,50 % du taux des appels d’offres (soit -25 points de base) et une progression ciblée de 13,1 % de la masse monétaire, ce plan de relance s’appuie sur des fondamentaux au vert, dont un déficit budgétaire ramené à 1,9 % du PIB.
Par Prince Aristide NGUEUKAM
C’est un signal fort envoyé aux acteurs économiques de l’Afrique centrale. Le Comité de Politique Monétaire (CPM) de la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC) s’est résolument inscrit dans une dynamique de soutien à l’activité lors de sa deuxième session ordinaire de l’année. Ce pivot monétaire intervient dans une conjoncture internationale mouvante, marquée par des tensions géopolitiques persistantes qui pèsent sur l’activité globale. Selon les dernières projections du FMI, la croissance mondiale devrait en effet fléchir à 3,1 % en 2026, contre 3,4 % en 2025. Un essoufflement qui n’épargne pas la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC), dont le PIB devrait progresser de 3,2 % cette année, en léger retrait par rapport aux 3,4 % enregistrés l’exercice précédent.
L’arsenal de la BEAC déployé pour fluidifier le crédit
Face à ce ralentissement conjoncturel, la banque centrale a choisi d’actionner de manière coordonnée l’ensemble de ses leviers d’assouplissement. La mesure phare réside dans la baisse du Taux d’Intérêt des Appels d’Offres (TIAO), principal baromètre du coût du crédit dans la zone, qui passe de 4,75 % à 4,50 % (soit un recul de 25 points de base). En réduisant le coût de refinancement des banques commerciales, la BEAC espère une transmission directe sur les taux appliqués aux entreprises et aux particuliers, stimulant ainsi l’investissement et la consommation.
Parallèlement, le taux de la facilité de prêt marginal subit un coup de rabot plus sévère, chutant de 6,25 % à 5,75 %. Cette baisse de 50 points de base fluidifie l’accès aux liquidités d’urgence pour les institutions financières. Enfin, pour libérer des capacités de financement immédiates, le CPM a allégé les coefficients des réserves obligatoires : ils reculent de 7,00 % à 6,50 % sur les exigibilités à vue, et de 4,50 % à 4,00 % sur les exigibilités à terme. Seul le taux de la facilité de dépôt demeure inchangé à 0,00 %, gelant toute velléité de thésaurisation stérile.

Des fondamentaux macroéconomiques au vert
Cette audace monétaire est rendue possible par la consolidation des équilibres macroéconomiques de la sous-région. Le premier motif de satisfaction réside dans la maîtrise de l’inflation. Estimée à 2,4 % en moyenne annuelle pour 2026, la progression des prix reste confortablement ancrée sous la norme communautaire de 3,0 %, bien qu’en légère hausse par rapport aux 2,1 % de 2025.
Du côté des finances publiques, les nouvelles sont également encourageantes : le déficit budgétaire (hors dons) devrait se replier de manière spectaculaire à 1,9 % du PIB en 2026, contre 3,7 % un an plus tôt. De même, le déficit du compte courant se résorbe à 2,9 % du PIB.
Le Chiffre Clé : 13,1 %
C’est la progression attendue de la masse monétaire en zone CEMAC au 31 décembre 2026. Cette injection de liquidités s’accompagne d’une consolidation historique du matelas de devises : les réserves de change devraient atteindre 4,72 mois d’importations, propulsant le taux de couverture extérieure de la monnaie à un niveau robuste de 70,7 %.
En stabilisant ses réserves extérieures tout en desserrant l’étau monétaire, la BEAC réalise un arbitrage stratégique fin. Le défi sera désormais de veiller à ce que cette bouffée d’oxygène monétaire se traduise effectivement dans l’économie réelle par le canal des banques secondaires, sans raviver les tensions inflationnistes d’ici la fin de l’année.
