Audit des allocations familiales :
Louis Paul Motaze traque les enfants « fantômes » des fonctionnaires

Le Ministre des finances a officiellement lancé, le 03 juin 2026 à Yaoundé, l’opération AALFA pour stopper une inflation suspecte de 55 % des déclarations d’enfants en seulement 21 mois, le fichier solde étant passé de 594 728 à 923 307 bénéficiaires. En s’attaquant à ces fraudes, l’État espère reproduire le succès des opérations d’assainissement antérieures, à l’instar du Coppe de 2018 ou de la sécurisation des ayants droit, qui renflouent déjà les caisses publiques à hauteur de plus de 42 milliards de FCFA d’économies annuelles cumulées.
En l’espace de seulement 21 mois, le nombre d’enfants déclarés par les agents publics de l’État camerounais a connu une progression spectaculaire et suspecte. Le fichier solde est passé d’une base de 594 728 bénéficiaires d’allocations familiales en juin 2024 à un total faramineux de 923 307 en mars 2026. Face à ce qui s’apparente à une explosion de déclarations potentiellement fictives, le gouvernement a décidé de siffler la fin de la récréation budgétaire.
Le mercredi 3 juin , à Yaoundé, le Comité de pilotage de l’Opération d’Audit des Allocations Familiales (baptisée AALFA ) a officiellement ouvert sa première session. Dirigée par le Ministre des Finances, Louis Paul Motaze, cette instance interministérielle est investie d’une mission de salubrité publique : passer au scanner l’authenticité des actes de naissance qui ouvrent droit à ces avantages financiers.

Une tolérance zéro contre les « enfants fantômes »
L’objectif affiché par les autorités est d’une fermeté absolue. Il s’agit de garantir une gestion rigoureuse des ressources de l’État, d’instaurer une équité réelle entre les fonctionnaires et de restaurer la totale fiabilité du fichier solde. Le Ministre des Finances n’a d’ailleurs pas mâché ses mots lors de son allocution d’ouverture : « L’objectif de l’opération AALFA est d’extirper du fichier solde tous les enfants alignés frauduleusement, c’est-à-dire en l’absence d’un acte de naissance authentique, puis de recouvrer les sommes indûment payées au titre de ces derniers. »
Initié par un arrêté ministériel datant du 5 juillet 2024, le Comité AALFA est une véritable machine de guerre administrative. Si sa présidence est assurée par le Ministre des Finances, sa vice-présidence revient au Ministre de la Fonction Publique et de la Réforme Administrative. Pour maximiser l’efficacité des contrôles, l’équipe associe des institutions stratégiques : le Ministère délégué à la Présidence chargé de la Défense, le Ministère du Travail, le Ministère de l’Administration Territoriale, la Sûreté Nationale et le Bureau National de l’État Civil (BUNEC).
Une feuille de route sur 24 mois
Sur les orientations du Premier Ministre, Chef du Gouvernement, cette opération d’envergure va s’étaler sur une période de 24 mois. La première phase, qui s’annonce colossale, consistera en une collecte systématique et une vérification croisée des actes de naissance de tous les enfants déclarés par les agents publics actuellement en activité. Le croisement des fichiers avec le BUNEC permettra de détecter instantanément les faux documents et les pièces contrefaites.
Cette nouvelle offensive s’inscrit dans la continuité d’une politique globale de maîtrise durable de la dépense publique, entamée il y a quelques années. Le gouvernement s’est engagé à faire de la rationalisation du fichier des salaires un vecteur clé pour contenir la masse salariale. Par le passé, la collaboration entre le ministère des Finances, celui de la Fonction publique et les ministères sectoriels a déjà permis d’éliminer les agents décédés ou en situation d’abandon de poste, tout en supprimant les primes indues.

L’assainissement du fichier solde : un levier historique d’économies
Les opérations antérieures affichent des résultats spectaculaires, à l’instar du Comptage Physique du Personnel de l’État (Coppe) de 2018. Après une phase contentieuse rigoureuse menée devant le Conseil permanent de discipline de la fonction publique, cette mesure continue de générer plus de 30,5 milliards de FCFA d’économies budgétaires chaque année. Dans la même dynamique, la sécurisation du fichier des ayants droit engagée depuis novembre 2021 permet à l’État de récupérer près de 12 milliards de FCFA par an grâce au contrôle ciblé des pensions d’invalidité. Enfin, de nombreux audits sectoriels participent activement à cette traque budgétaire. C’est notamment le cas du recensement des décédés, des contrôles menés dans le secteur éducatif ou encore de l’audit sur la majoration pour enfants accordée aux retraités de l’armée et de la police.
Là où les anciens dispositifs visaient prioritairement à radier les agents qui ne travaillent plus, l’Opération AALFA s’attaque désormais à une fraude interne et active : l’inflation artificielle des charges familiales. Les membres du comité sont maintenant attendus au tournant pour transformer cette épreuve de transparence en un succès historique pour les finances publiques camerounaises.
ILS ONT DIT
Louis Paul Motaze, Ministre des finances
« L’objectif de l’opération est d’extirper du fichier solde tous les enfants alignés frauduleusement »
« Le gouvernement s’est engagé depuis quelques années à faire de l’assainissement du fichier solde un vecteur important de maîtrise de la masse des salaires et des pensions.
C’est dans ce sens que de nombreuses opérations ont été organisées par le ministère des Finances, le ministère de la Fonction publique et les ministères sectoriels, visant à extirper du fichier solde les agents ayant abandonné leur poste de travail ou décédés, d’une part, et à supprimer les rubriques de salaires ou pensions servies indûment, d’autre part.
Au rang de ces nombreuses activités, l’on peut rappeler l’opération de comptage physique du personnel de l’État organisée en 2018 qui, après la conduite de la phase contentieuse au Conseil permanent de discipline de la fonction publique, continue de générer des économies budgétaires annuelles de plus de 30 milliards de francs CFA.
L’on peut également évoquer l’opération de contrôle et de sécurisation du fichier des ayants droit et de la pension d’invalidité qui, depuis novembre 2021, génère des économies budgétaires de l’ordre de 12 milliards par an.
D’autres opérations, dont l’audit de la majoration pour enfants servie aux retraités de la police et de l’armée, le recensement des décédés et plusieurs autres recensements sectoriels, notamment dans le secteur éducatif, continuent de générer des économies importantes.
La plupart de ces opérations visaient la suppression du fichier solde des agents qui ne travaillent plus. L’objectif de l’Opération Alpha, que nous avons la responsabilité de conduire, est donc d’extirper du fichier solde tous les enfants alignés frauduleusement, c’est-à-dire en l’absence d’un acte de naissance authentique, puis de recouvrer les sommes indûment payées au titre de ces derniers… »
Robert Simo Kengne Directeur de la Dépense du Personnel et des Pensions au Ministère des Finances :
« Dès le 20 juin, et pour une durée de deux mois, près de 900 000 actes de naissance seront collectés et indexés ; ils feront ensuite l’objet d’une vérification de conformité afin que les enfants dont les actes s’avèrent faux soient retirés du système de paiement des allocations familiales. »
« Qu’est-ce qui va changer et comment vont se dérouler les deux prochaines années ? Selon le chronogramme qui a été établi, nous allons procéder à une phase de collecte au cours des 24 prochains mois.
Dès le 20 juin, et pour une durée de deux mois (jusqu’au 15 août), nous collecterons les actes de naissance sur la base desquels les agents publics perçoivent des allocations familiales. Au total, ce sont près de 900 000 actes de naissance qui seront ainsi recueillis, saisis et indexés dans un environnement numérique dédié. Ce traitement permettra d’identifier et d’écarter le paiement des allocations pour les enfants ne disposant d’aucun justificatif valable.
Dans un second temps, les actes collectés feront l’objet d’une vérification de conformité. En collaboration avec le Bureau National de l’État Civil (BUNEC), nous irons directement dans les centres d’état civil pour authentifier ces documents et distinguer le vrai du faux. À l’issue de cette authentification, les enfants dont les actes s’avèrent faux seront définitivement retirés du système.
Toutefois, dans un esprit de transparence et de collaboration — même face aux risques de fraude —, une longue période de recours sera ouverte. Elle permettra aux personnes dont les allocations auront été supprimées, et qui estiment qu’il s’agit d’une erreur, de présenter leurs justificatifs. Ce principe du contradictoire est essentiel pour corriger d’éventuels torts et éviter des procédures judiciaires inutiles qui surviendraient si ce droit au recours n’était pas garanti. »
